Biais d’humeur

« Les études qui me plaisent sont parfaites, contrairement à celles
qui me contredisent, qui sont biaisées par des gens corrompus. »

Tous les antivax du monde.

La science n’est pas tendre avec les antivax. Ils font une fixette ces dernières années sur un lien qu’ils sont les seuls à voir entre l’autisme et l’aluminium contenu dans les vaccins. La science, avec constance et régularité, leur donne systématiquement tort au point qu’ils en sont réduits à mentir pour pouvoir attirer de nouvelles victimes dans leur délire conspirationniste. Ils n’aiment pas qu’on le leur rappelle. Quand vous débattez avec une personne irrationnelle, il arrive (souvent) qu’un argument porte. Quand cela arrive, les plus intégristes refusent évidemment d’admettre qu’ils ont tort, mais on peut quand même constater qu’ils savent qu’ils ont tort grâce à de subtils indices, comme un revirement à 180° dans les arguments qu’ils avancent. Jusqu’ici ils avaient raison parce que X, dorénavant ils auront raison en dépit de X. Et en général, la raison pour laquelle ils s’autorisent à le faire n’est pas particulièrement convaincante: Ce ne sont jamais les très bons arguments irréfutables qu’on garde pour la fin. C’est ce qu’on appelle une réponse ad hoc. Les outils à leur disposition n’étant pas très nombreux, la réponse est en général un mélange de ces deux tendances:

  • « Les scientifiques sont corrompus et mentent, mais moi je sais ce qu’il en est. »
  • « Les plus grands spécialistes se trompent, mais moi je sais ce qu’il en est. »

Par exemple, ça ressemble à ça:

Les auteurs le savent et ne disent rien, il y a donc conssspirasssionnnn

Il est possible de ne quasiment plus voir une feuille de papier, pour peu que vous vous placiez juste devant la tranche. Les antivax se servent de cette possibilité pour affirmer qu’il y a une encyclopédie en 12 volumes devant vous. Une encyclopédie en 12 volumes que vous ne voyez pas parce que vous vous trouvez devant la tranche. Cette énième ineptie des antivax, que ce soi disant docteur évoque ici sans le nommer, c’est le « biais du patient sain ». C’est un joker classique qui se transmet de bouche d’antivax à oreille d’antivax depuis des temps immémoriaux, chacun perpétuant l’ineptie qui leur permet de rester sur leur position favorite: « Les vaccins, c’est pas bien, les labos, c’est pas beau ».

– « Regardez cette étude qui prouve que j’ai raison. Ahaaa ! »
– « C’est faux. Si vous la lisez, vous constaterez que cette étude vous donne tort. »
– « Ah ? Euh… C’est parce que cette étude est biaiiiiiizaie ! »

LALALALALALALALALALALA… crient les antivax en se bouchant les oreilles et en censurant frénétiquement tout ce qui pourrait faire vaciller leur fragile démonstration.

Bien entendu, aucun antivax ne sait réellement de quoi il parle quand il évoque ce biais. C’est un concept nébuleux qu’il ne faudra sous aucun prétexte préciser sous peine de se rendre compte que lui aussi, comme tout le reste en science, donne tort aux antivax.

Malheureusement, il y en a un qui n’a pas lu le mémo:

ptêt’ que si on a un biais…

La pirouette du « biais du patient sain »

Chouette, il y a des calculs ! J’adore quand l’antivaxie se sert des mathématiques, on est jamais déçu. C’est toujours l’occasion d’admirer l’implacable froideur des chiffres qui montrent qu’en choisissant arbitrairement les valeurs qu’on veut, on arrive arbitrairement au résultat qu’on attend. Aujourd’hui, le résultat qu’on attend est: Les vaccins causent l’autisme même quand les études montrent que les vaccins ne causent pas l’autisme. Sidérant, non ? Nous constaterons plus bas que cette superbe démonstration de mathématiques alternatives est complètement décorrélée du monde réel. Ce n’est pas parce que c’est possible en mathématique, que c’est possible dans le monde réel. Par exemple, ce n’est pas parce que le chiffre moins 3 existe, qu’il est possible d’avoir moins 3 pommes de terre. Et bien, ce qu’on a ici, c’est du même ordre: On nous propose une recette pour cuisiner moins trois patates. Cette pépite de n’importe quoi provient d’un petit nid de pseudo-science qui s’appelle l’AIMsIB. Vous savez ce que ça veut dire AIMsIB ? Non ? Eux non plus. Le « B », par exemple, en théorie c’est censé vouloir dire « bienveillante ». Cet article nous montre qu’en pratique ça donne plutôt ça:

Les experts forment une masse d’abrutis et de bons à rien n’ayant rien compris, nous dit l’association « bienveillante »

On nous explique donc, et avec des calculs ce qui est un gage de sérieux très très sérieux, que:

Les études qui montrent qu’il n’y a aucun lien entre vaccin et autisme montrent qu’il n’y a aucun lien entre vaccin et autisme même quand le vaccin cause l’autisme.

Toutes.
Toujours.
Tout le temps.

Et les experts sont des abrutis.

C’est la pirouette du « biais du patient sain »

Pour rappel, cela fait des dizaines d’années que les antivax voudraient nous convaincre que les vaccins (tous, ou tel ou tel, ou combinés, … Il y a autant d’affirmations péremptoires qu’il y a d’antivax) seraient la cause d’une spectaculaire augmentation du nombre de cas d’autisme. Quand je dis spectaculaire, le mot est faible, parce que si les écoute, plus de 90% de tous les cas d’autisme à l’heure actuelle seraient causés par les vaccins. Et cette spectaculaire augmentation du nombre de cas d’autisme, en même temps, serait invisible dans les études sur les vaccins. C’est irrationnel. C’est pour cela que d’un point de vue scientifique, il n’y a plus de débat. L’affaire est entendue, le sujet est clos. Par exemple, les experts estiment que ce n’est pas parce qu’on détecte plus d’autismes aujourd’hui qu’il y en a forcément plus parce qu’il y a de très grandes variations du diagnostic en fonction de critères qui ont énormément évolués au fil des ans. Mais l’association « bienveillante » le dit, les experts sont des abrutis. Il parait. Des études exceptionnellement grandes, parfois à l’échelle d’un pays ont toutes, immanquablement, invariablement, réfuté ce lien, mais les pseudo-scientifiques de tous poils, l’association « bienveillante » en tête, sont persuadés d’avoir raison malgré la réfutation de leurs arguments. Et donc … contorsions: « ptêt’ que si y a un biais qui affecte tout, toujours, tout le temps et que les experts sont des abrutis qui n’ont rien compris contrairement à moi, alors les vaccins sont coupables qu’on leur coupe la tête ! »

Le Vigilant de supermarché

Avant de constater que c’est bien de la rhétorique antivax irrationnelle (pléonasme) classique, intéressons-nous à qui le dit. N’importe qui est en mesure de rappeler qu’il est rationnel de se fier aux experts et au consensus scientifique. C’est une question de logique. S’il n’avait été dit que ça, l’éducation, le métier, ou les diplômes de la personne qui le dit n’auraient pas la moindre importance. En revanche, lorsqu’il s’agit d’expliquer pour quelle raison il faudrait ignorer l’expertise convergente et conjuguée de tous les experts du monde dans un domaine donné, il faut s’intéresser à qui l’affirme et à ses compétences sur le sujet. On peut noter que l’auteur de cette sentencieuse déclaration d’amour à l’égard du monde scientifique est informaticien de formation. Il n’a aucune compétence en médecine, ou en épidémiologie et tout ce qu’il connaît au sujet des vaccins, il le tient de ses autres copains antivax*.

Dix mois plus tard: « l’erreur » est toujours là…
(Cette charmante conversation se poursuivait ensuite avec une copie d’écran qui montrait bien que la « bienveillante » association avait bel et bien été sollicitée.)

[ * Les antivax n’aiment pas être qualifié d’antivax. Ils pensent que c’est un argument fallacieux qui permet de fermer le débat. Ils ont tort. En ce qui me concerne par exemple, ce n’est pas un argument, c’est le rappel d’une conclusion précédente. Parce qu’on le connaît déjà, cet antivax particulier.

  • Le Vigilant se fait passer pour un expert de la haute finance, mais quand il voit un tableau qui dit que 35% des vaccins sont vendus par Sanofi, il en déduit que Sanofi fait un profit de 35% sur les vaccins, ce qui n’a strictement rien à voir.
  • À l’aide d’un « observatoire » de sa création, il a su s’insinuer dans les pages du British Medical Journal, qui est une revue scientifique strictement réservée aux professionnels de santé.
  • Il est aussi membre du « Comité Médical » de ladite association « bienveillante », bien qu’il s’en défende sur les réseaux sociaux tout en ne faisant rien pour corriger ce qui est écrit sur un site dont il fait parti de l’équipe de modération, en plus d’être contributeur de contenu.
  • Tout cela, il le fait sous le pseudonyme d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins, ce qui en dit long sur sa personnalité, et affirme que ce serait pour protéger son identité, (parce que le ridicule tue une carrière) mais oublie de changer sa photo de profil, ce qui en dit encore plus sur ses capacités.

Bref, je dis antivax, on gagne du temps.]

Donc il n’a aucune compétence en médecine, ou en épidémiologie et tout ce qu’il connaît au sujet des vaccins, il le tient de ses autres copains antivax. Mais lui en plus a tenu à nous montrer par l’exemple comment ce biais était possible. Bien mal lui en a pris, parce que nous allons constater que cet exemple nous montre surtout qu’il est fort peu plausible qu’il y ait un lien caché entre la vaccination et l’autisme.

Le biais du patient sain (le vrai)

Comme souvent, les antivax utilisent une notion qui existe et s’en servent n’importe comment pour servir leurs intérêts. Donc avant de continuer, un petit mot sur ce qu’est le biais du patient sain (le vrai, pas celui qui est évoqué par les antivax).

Un Risque Relatif (RR), comme son nom l’indique presque, est la division d’un risque par un autre. C’est la probabilité que « quelque chose se produise si je fais une action » divisée par la probabilité que « quelque chose se produise si je ne fais pas cette action« . C’est une valeur qui est utilisée très souvent en science parce qu’elle permet de faire des corrélations. Si le RR vaut 2, par exemple, cela veut dire que « quelque chose  » est arrivé deux fois plus souvent quand on a fait « une action » que quand on s’est abstenu de la faire. Il y a corrélation et peut-être causalité. En revanche, si le RR vaut 1, cela veut dire qu’il y a autant de chances que « quelque chose » se produise que je fasse « une action« , ou pas. Cela veut dire qu’il n’y a pas de corrélation entre les deux et donc pas de causalité. C’est ce que montrent, un exemple au hasard, toutes les études qui cherchent un lien entre autisme et vaccination.

Tout s’articule donc autour de deux groupes, les gens qui font « une action » et ceux qui s’abstiennent. Par exemple: Fumeur et non fumeur. Et on regarde la fréquence d’apparition de « quelque chose« . Par exemple: Les cancers. Mais des cancers, on sait qu’il y a « d’autres actions » qui les causent. Par exemple: L’alcool. Si ces « autres actions » sont équiprobablement réparties, si on les retrouve de la même façon dans les deux groupes, cela ne posera pas de problème particulier. En revanche, si les « autres actions » sont plus probables dans un groupe que dans l’autre, le RR peut glisser. Par exemple, si les gens qui fument sont aussi majoritairement des gens qui boivent de l’alcool, quand on calculera le RR il sera difficile de savoir si on a calculé le RR de la cigarette, ou de la cigarette+alcool. C’est ce qu’on appelle un biais.

Souvent les études sur les vaccins pointent vers des RR inférieurs à 1. Par exemple, on sait que les nourrissons qui sont vaccinés ont moins de syndromes de mort subite que ceux qui ne le sont pas. Est-ce que cela veut dire que le vaccin a un effet protecteur ? C’est possible, mais corrélation ne veut pas forcément dire causalité. Il est aussi possible que les gens qui pensent en savoir plus que leur médecin sur les vaccins, au point de mettre leur propre enfant en danger en lui refusant la vaccination, soient plus susceptibles d’ignorer d’autres recommandations importantes et d’avoir d’autres comportements à risque susceptibles de causer un syndrome de mort subite. Et ça, c’est un possible biais du patient sain: Une explication cohérente en accord avec ce que l’on sait par les études et les observations du monde réel. En clair: Un RR inférieur à un s’explique parfaitement par l’alternative: Soit c’est un effet bénéfique supplémentaire du vaccin, soit ce sont les antivax qui mettent leurs enfants en danger. C’est ironique, vous ne trouvez pas ? On constate que c’est à l’opposé du biais du patient sain pour les antivax, qui est une allégation sans substance en contradiction avec tout ce que l’on sait de l’autisme et tout ce que l’on sait de la vaccination, et qui est censée nous expliquer pour quelle raison les chiffres vont dans un sens alors qu’ils aimeraient que les chiffres aillent dans l’autre. Une allégation aussi fondée et rationnelle que: Ce sont les aliens qui sont pro-vaccins et qui punissent les récalcitrants en leur donnant l’autisme mais en étant suffisamment subtils pour que les chiffres montrent l’inverse.

Les biais sont une possibilité non négligeable dans toute étude. On pourrait par exemple, en théorie, avoir un effet négatif limité qui soit caché et qui apparaisse comme un effet positif limité. Mais c’est le cas de toutes les études du monde, et utiliser cet argument pour refuser n’importe quelle étude qui ne vous plait pas est un sophisme (le cherry picking). C’est un peu comme si vous refusiez de vous soigner sous prétexte que vos médicaments ont peut-être subi une erreur de dosage alors que vous n’avez aucune information à ce sujet. C’est irrationnel. Et dans le cas de l’autisme, c’est non seulement irrationnel, mais c’est également faux. Le problème des antivax, c’est que pour que les vaccins soient responsables de « l’épidémie d’autisme » qu’ils sont les seuls à voir, il faudrait que le risque associé soit extraordinairement grand. Tellement grand, qu’il serait tout simplement impossible de le noyer dans un biais tel que celui que les antivax voient partout.

Et quand je dis impossible, ce n’est pas une simple façon de parler. Je veux dire mathématiquement impossible.

Et donc, il faut choisir:

  • Soit le vaccin est responsable d’un trop faible nombre d’autismes et les études ne le voient pas à cause d’un (faux) biais du patient sain, mais ça n’arrange pas les antivax qui perdent leur bouc émissaire,
  • Soit le vaccin est responsable d’un spectaculairement grand nombre d’autistes, mais c’est fort peu plausible parce que les études auraient déjà du le détecter, un (faux) biais du patient sain étant incapable de cacher un phénomène d’une telle ampleur.

De ces deux possibilités mutuellement exclusives, les antivax on choisi … les deux. Ils vont faire le calcul sur un nombre d’autismes bien trop petit et s’en servir pour affirmer que c’est la même chose que si on avait un spectaculairement grand nombre d’autistes. (Parce que c’est bien connu, si ça marche pour une feuille de papier, ça marche pour une encyclopédie en 12 volumes)

Le biais du patient sain (le faux)

Hypothèse antivax: « Ptêt’ que si on a des hypersensibles, indétectables mais ultra-autistes en cas de vaccination, alors ils sont noyés dans la masse, donc les vaccins sont coupables et en plus ils disent du mal de moi quand j’ai le dos tourné »

Une argumentation qui s’applique telle qu’elle à n’importe quelle étude observationnelle sur les vaccins, mais surtout à n’importe quelle étude observationnelle tout court. En clair, il nous explique que toutes les études du monde sont fausses (Et les experts sont des abrutis).

Du coup, si on en croit les antivax, il faudrait calculer deux RR. Le RR pour les gens normaux, et le RR pour les hypersensibles. Et là… place aux calculs rigolos:

Le RR des gens « normaux » vaut 5
Le RR des « hypersentibles » vaut 5
Mais le RR combiné vaut 1.

( Stupeur, applaudissements, admiration générale )

C’est un beau calcul de médecine-fiction qui ne concerne pas vraiment l’autisme, parce que dans la réalité ce n’est pas comme cela que ça se passe. Bien que l’autisme soit répandu, il est encore suffisamment rare pour nécessiter un très grand échantillonnage pour la plupart des études avant que l’on puisse détecter un changement significatif. Les études de cas-témoin résolvent ce problème en commençant avec un groupe qui a déjà un autisme pour ensuite travailler à rebours. En clair: Dans ces études il n’y a pas de Risque Relatif et le calcul qui est présenté ici n’a aucun sens. C’est probablement bien plus simple de recopier sans comprendre la propagande qui tourne dans les cercles pseudo-scientifiques plutôt que d’imaginer un exemple adapté aux études sur l’autisme pour critiquer les études sur l’autisme. Les subtiles différences qui existent entre le Risque Relatif et l’Odd Ratio échappent à la vigilance de notre antivax.

Voilà. Le biais du patient sain (le faux), ce n’est que ça: Peut-être qu’il existe des gens super sensibles aux vaccins et peut-être que les parents le sentent, et peut-être que ça les fait regrouper tous les hyper sensibles dans un seul groupe et peut-être que les scientifiques sont incapables de le voir parce que peut-être que les scientifiques n’ont pas d’enfants.

Les contorsions s’empilent et ça commence à faire une belle pyramide d’affirmations infondées.

On constate donc que les antivax une fois de plus ne prouvent rien. Tout ce qu’ils se bornent à faire, c’est enchaîner les affirmations infondées, de plus en plus improbables, de moins en moins crédibles et chacune censée justifier la précédente. On pourrait donc signaler une énième fois que possible et plausible, ce n’est pas la même chose et s’en tenir là.

The End.

Ils n’y a pas le moindre commencement de début d’indice que ce qu’ils affirment soit vrai.

The End.

Tout ce qui est avancé ici est purement théorique.

The End !

Rendez-vous compte qu’ils n’ont même pas tenté d’appliquer leur formule magique à de vrais RR, issus du monde réel.

The En… Quoi ? Sérieusement ?

Une explication mathématique censée justifier que toutes les études épidémiologiques du monde sont fausses, pas juste un peu mais catastrophiquement fausses, au point de pouvoir cacher quelque chose de dix fois plus nocif que le tabac, et il n’ont même pas pensé à vérifier que ça permettait d’expliquer ce qu’ils affirment ?

The End. On va continuer encore un peu…

Débiaisons

Voulant fournir un exemple réel, notre vigilant antivax n’a pas réalisé que son exemple, justement, réfute son hypothèse:

En effet, le passage en anglais qu’il cite nous montre bien qu’il est impossible que les études sur l’autisme soient affectées par ce biais au point de dissimuler un possible lien avec la vaccination:

  • Il nous parle d’un effet indésirable de la vaccination qui était déjà connu.
  • Il nous parle d’un effet qui survient beaucoup, mais alors beaucoup moins souvent que ne surviennent les autismes ( 3 cas par million ce n’est pas la même chose que 1/60 ).
  • Il nous parle d’un biais qui ressemble fortement à celui qu’il aimerait de toutes ses forces trouver dans les études sur l’autisme.
  • Et malgré tout le biais est incapable de cacher cet effet indésirable.
Il a opportunément oublié de citer le passage qui précise bien qu’il n’y a que les événements rares qui pourraient être dissimulés par de tels biais.
L’augmentation d’un tout petit risque reste un tout petit risque …

En clair: Alors que l’encéphalopathie est un effet indésirable déjà connu et très rare, on a contrôlé ce biais et constaté un risque quatre fois plus grand, ce qui n’a strictement rien changé dans le profil d’évaluation du vaccin, parce que cela reste un événement connu et très rare. Donc biais ou pas biais, on connaissait déjà cet effet indésirable et il est peu probable qu’un effet beaucoup plus répandu puisse se cacher là ou un effet extrêmement rare aura déjà été mis en lumière.

Notons que ce sera la seule caution scientifique pour appuyer les allégations de notre antivax: Une étude qui le contredit. Le reste du texte n’étant que gloseries à base d’exemples didactiques, on pourrait les ignorer et constater une fois de plus que le discours antivax est complètement déconnecté de la réalité. D’un autre coté, c’est toujours amusant de prendre toute la mesure de la déconnexion. Nous allons donc continuer encore un peu et observer l’exemple théorique qui vient ensuite. Dans ses exemples, notre cher Vigilantivax nous montre que si l’on choisit astucieusement ses données en entrée, on obtient étonnamment ce que l’on veux en sortie. Il nous fait la démonstration pour un Risque Relatif de 2, de 4, et de 5. Intéressons-nous au premier exemple, celui censé si bien cacher un RR de 5:

Il part du calcul fictif d’un risque relatif: Une population de 11000 individus, 9800 vaccinés dont 125 malades, 1200 non vaccinés dont 15 malades, ce qui donne un risque relatif quasiment de 1, ce qui veut dire que la vaccination n’a pas d’influence sur la maladie. Puis il dit quelque chose comme: Regardez, si je prends tous les gens qui vont tomber malades et si je les mets dans un même sous-groupe, alors le risque relatif du sous-groupe va monter en flèche !

Sans blagues ? Ça va monter ? C’est incroyable !

On l’a vu, ce n’est qu’un bête cherry picking. Il fait l’hypothèse d’un groupe de gens hypersensibles aux vaccins pour la seule raison que le résultat réel lui déplaît fortement. C’est une réponse ad hoc, un sophisme: Ptet’ que si ! Alors, est-ce que son hypothèse est applicable dans le monde réel, ou est-ce qu’il nous montre comment cuisiner moins trois patates ? Nous allons vérifier. Voici un tableau, de ma composition, qui reprend les calculs qui ont été faits:

Un tableau que vous pouvez refaire vous-même avec votre tableur favori.

Dans son exemple, l’hypothèse est qu’il existe(rait) un sous-groupe d’individus qui se vaccinent à 30% au lieu de 95% et qui sont 10 fois plus susceptibles de tomber malades que les autres. Et c’est pour cette raison que les scientifiques (les abrutis) ne voient pas que le risque relatif est en réalité de 5 au lieu de 1. Ce coefficient multiplicateur de 10 a été choisi arbitrairement, mais il est considéré comme « réaliste » par notre cher Le Vigilant. Nous allons donc les garder, et nous interdire de le modifier.

Regardez, quand je change les chiffres, ils changent !

Par contre, il y a une valeur que nous nous devons de rectifier, parce qu’il y a problème dans cet exemple, un problème de taille. Un risque relatif de 5 c’est énorme mais c’est aussi trop peu. Parce que dans le monde réel, les antivax n’affirment pas que le risque relatif vaut 5. Dans le monde réel, les antivax affirment que le risque relatif vaut plus, beaucoup plus. Pour eux, le risque relatif vaut 15, 30, 60 ou même plus.

Depuis 1990, 15 fois plus d’autismes à cause des vaccins il parait.
Depuis 1975, 80 fois plus d’autismes à cause des vaccins il parait.

80 fois plus d’autismes que l’on imputerait aux vaccins implique un Risque Relatif de 80 uniquement si tout le monde est vacciné. Comme la couverture vaccinale n’est pas de 100%, 80 fois plus d’autismes implique un Risque Relatif bien supérieur à 80. Je me demande ce que va nous apprendre le calcul de l’antivax si on l’applique aux valeurs brandies par les antivax. Pas vous ? Jetons un œil sous le capot. Les formules utilisées par notre tableau nous montrent de quelle façon toutes ces valeurs sont liées entre elles.

Par exemple:

  • Si je modifie le « risque relatif » du pseudo-groupe à risque faible (en haut à droite), je modifie un rapport, ce qui implique que je dois aussi modifier soit le « risque vacciné » soit le « risque non vacciné » (comme c’est une division, on peut choisir arbitrairement l’un ou l’autre pour que le résultat final soit en accord avec le « risque relatif ».
  • Du coup, si je choisis de modifier le « risque vacciné », ça implique que je dois aussi modifier le « risque vacciné » pour l’autre groupe, parce que je veux garder un facteur « réaliste » entre les deux groupes.
  • Du coup, si je choisis de modifier le « risque vacciné » de l’autre groupe, je suis forcé de modifier le « risque non vacciné » de l’autre groupe.
  • Et cela implique que je dois modifier …
  • Etc.
Répétez après moi: É – pi – dé – mie

Au final, on voit que la totalité du tableau est déterminée par une poignée de valeurs, celles qui sont visibles sur fond blanc. Et c’est bien pratique, parce qu’il suffit de changer la valeur du Risque Relatif des pseudo-groupes pour connaître immédiatement le Risque relatif de la totalité de la population. En clair: Les antivax affirment qu’il y aurait un RR réel mais caché et un faux RR visible. Testons cette hypothèse avec de véritables RR. Des RR compatibles avec « Les vaccins sont la (principale) cause d’une épidémie d’autisme. »

Avec un « RR réel mais caché » de 80, on aurait un « faux RR visible » de 16.

En clair: Biais ou pas biais, si les vaccins étaient responsables d’une telle augmentation, les études l’auraient montré.

Avec un « RR réel mais caché » de 15, on aurait un « faux RR visible » de 3.

En clair: Biais ou pas biais, si les vaccins étaient responsables d’une telle augmentation, les études l’auraient montré.

Même avec un « RR réel mais caché » de 6, on aurait un « faux RR visible » de 1,2.

En clair: Biais ou pas biais, si les vaccins étaient responsables d’une telle augmentation, les études l’auraient montré.

Quel dommage que les antivax aient tenté de nous expliquer ce biais avec des exemples de Risque Relatif qui ne dépassait pas 5.

  • Juste avant qu’on puisse se rendre compte des limites de ce que peut dissimuler ce biais.
  • Bien avant qu’on arrive aux valeurs qui sont celles que les antivax dénoncent.

C’est vraiment pas de chance, dites donc !

Chiche ! Alors faisons ça.

Jusqu’à présent, nous n’avons fait varier qu’une seule valeur, le Risque Relatif des pseudo-groupes. Mais que nous dit-on sur la répartition de ces groupes ? Il paraît que le groupe de ceux qui ont plus de chance d’être autiste sera non vaccinés et que l’autre groupe sera vacciné. Chiche ! Alors faisons ça. Mais faisons le à fond et faisons l’hypothèse que:

  • Tous les hypersensibles à l’autisme (tels que les antivax le décrivent ) ont une prémonition extraordinaire et aucun ne se vaccine.
  • À l’inverse, dans le groupe de gens qui sont normalement sensibles à l’autisme (tels que les antivax le décrivent ), tous se vaccinent. Tous, sans exception.
« Mmmm… Autiste ! »

C’est une configuration qui n’arrivera jamais dans la réalité, c’est la configuration la plus extrême et c’est celle qui nous donnera le plus petit « faux RR visible » mathématiquement possible pour un « RR réel mais caché » donné. Et quel est-il ?

C’est une valeur minimum, et il est mathématiquement impossible de faire moins.

  • Pour un « RR réel mais caché » de 80, le plus petit « faux RR visible » possible est 8.
  • Pour un « RR réel mais caché » de 15, le plus petit « faux RR visible » possible est 1,5.
  • Pour un « RR réel mais caché » de X, le plus petit « faux RR visible » possible est X divisé par 10.
C’est vrai quel que soit le nombre de personnes dans chaque groupe.
Dix, ou dix millions, le résultat sera le même.

Ce plus petit « faux RR visible », c’est en réalité le Risque Relatif du pseudo groupe divisé par le coefficient multiplicateur « réaliste » entre les hypersensibles et les autres. C’est tout. Rien de plus. Juste ça. C’est une valeur indépendante de l’effectif total ou du nombre de personnes vaccinées dans chacun des deux groupes.

On constate donc que même dans des conditions extraordinaires qui n’existent pas dans la réalité (couverture vaccinale à 100 % et prémonition infaillible de qui sera hypersensible), tout Risque Relatif supérieur à 10 ne peut pas être caché par un (faux) biais du patient sain. Il pourrait éventuellement le minorer, mais en aucun cas le faire disparaître ou en faire un effet protecteur.

Mais d’un autre coté si le Risque Relatif dépasse 10, on constate qu’il n’y a plus assez de nouveaux nés en France pour expliquer le nombre d’autistes qui naissent chaque année en France. Et nous parlons toujours du minimum mathématiquement possible qui ne peut survenir que dans des conditions impossibles à réunir.

Le biais pourrait permettre de dissimuler un Risque Relatif de 10, si on importe des nouveaux-nés de l’étranger.
  • Un RR inférieur à 10 ne peut pas expliquer l’augmentation du nombre d’autistes de ces dernières années.
  • Un RR supérieur à 10 et il n’y a plus assez de naissances pour expliquer tous les autistes de cette année.

La valeur minimale qui découle directement des conditions « réalistes » de notre vigilant Le Vigilant nous montre que ce qu’il considère comme réaliste est une impossibilité mathématique.

Pour être tout à fait clair: Aucun antivax n’affirme que le Risque Relatif est de l’ordre de 10 ou moins. Les plus timorés imputent au vaccin au minimum un nombre de cas multiplié par 15, ce qui est un ordre de grandeur que toutes les études faites sur le sujet n’auraient pas manqué de remarquer et on constate qu’un hypothétique biais du patient sain basé sur les valeurs « réalistes » et néanmoins soigneusement sélectionnées par notre antivax de garde serait incapable de cacher une telle augmentation.

Conclusion:

Il est futile d’affirmer qu’une forêt peut se dissimuler derrière un arbre. Pourtant, les antivax vous diront que c’est possible. Si vous vous mettez là, très près de l’arbre, et si vous regardez par là, droit vers l’arbre, et si vous ne bougez pas, alors il y a peut-être une forêt juste derrière.

Mais il suffit de faire un pas de coté pour constater qu’ils racontent n’importe quoi.

La pirouette du biais du patient sain, ce n’est que ça: Des conditions extraordinaires qui expliqueraient pour quelle raison personne ne peut voir quelque chose de tellement gros que ce serait littéralement immanquable. C’est un argument par ignorance, un argument invalide en général, et un argument qui n’a mathématiquement aucun sens dans le cas particulier de l’autisme. L’absence criante de sources pour appuyer leurs allégations (celle qu’ils se sont aventurés à citer montre qu’ils ont tort) est d’ailleurs la raison pour laquelle ils en sont réduits à bricoler des petits calculs naïfs, espérant convaincre ceux qui n’y regarderont pas de trop près.

Votre inaptitude à me comprendre n’est pas un argument valide.

La science.

Des antivax qui veulent montrer ce que c’est que faire de la vraie science…

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