[Intox] Le petit X décède de Y, Z jours après avoir été vacciné. (Y=SIDS)

Biais et erreurs: Appel à la peur, Anecdote, Double standard, Sources maltraitées, Argument circulaire.

Les anecdotes qui font peur au sujet de la vaccination sont nombreuses. Parmi elles, nombreuses sont celles qui décrivent un syndrome de mort subite du nourrisson (SIDS en anglais). L’Organisation Initiative Citoyenne en raffole plus que tout. Mais même si leur nombre est grand, l’argumentation est quasiment toujours identique et bien peu rationnelle:

  • Un enfant était en parfaite santé.
  • Il a été vacciné.
  • Il est décédé (SIDS).
  • Le médecin n’avait pas dit que cela pouvait arriver.
  • C’est pourtant écrit en toutes lettres sur la notice du vaccin.
  • Les vaccins sont dangereux.

Les vaccins sont dangereux.

« Vacciner est dangereux », est un argument « homme de paille » de prédilection. On le retrouve quasi systématiquement.

Se vacciner est dangereux, c’est incontestable. Mieux: Vacciner est dangereux, c’est incontesté. En tant que médicament, les vaccins contiennent des substances actives qui peuvent avoir des effets néfastes, voire très graves, voire mortels. C’est un fait qui n’a jamais été nié.

Cet argument n’a qu’un seul objet: Ne pas mentionner l’argument véritablement important que l’opposant aux vaccins préfère passer sous silence, parce qu’il n’est pas en sa faveur: Est-ce que vacciner est plus dangereux que de ne pas vacciner ?

C’est un argument tout à fait problématique pour un opposant aux vaccins. Il est très facile de (mal) prouver que les vaccins sont dangereux, il suffit de pointer tel ou tel problème rapporté dans la presse ou sur internet. Pour prouver que vacciner est plus dangereux que de ne pas vacciner, il faut faire des études systématiques. Il faut faire appel à la science. Et l’opposant aux vaccins n’aime pas la science, parce qu’il n’aime pas la contradiction. Et la science contredit continuellement l’opposant aux vaccins.

Sa voiture tombe en panne 15mn après avoir mis de l’essence. Aussitôt, il poursuit Total.

Si quelqu’un vous dit « Cette personne a été vaccinée, et elle est morte », comment savoir si effectivement la mort est la conséquence de cette vaccination ?

Sans autre information, on ne peut pas.

Ce serait une erreur de conclure que parce qu’il y a corrélation (A est suivi de B), il y a forcément causalité (A est la cause de B). Par exemple: Vous faites le plein de votre voiture, et 15 minutes plus tard vous tombez en panne. Même si la panne intervient immédiatement après avoir mis de l’essence et même si c’est, au sens strict, possible, personne n’ira immédiatement en conclure que l’essence est en cause et que c’est elle qui a provoqué la panne. Il y a de très nombreux facteurs qui, bien qu’ils ne soient pas aussi rapprochés dans le temps, sont extrêmement plus probables.

Le même raisonnement doit être appliqué concernant les vaccins. Un décès consécutif à une vaccination ne peut être vu comme une causalité automatique. Ni même comme une causalité probable. Tout juste comme une causalité possible.

Si corrélation n’implique pas forcément causalité, comment peut-on savoir quand il y a causalité ? Cela n’est possible que si l’on s’arrange pour que ce que l’on cherche à mettre en évidence soit la seule variable à changer et que tout le reste soit exactement identique (On dit: « Toutes choses égales par ailleurs »). Maîtriser toutes les variables implique forcément d’agir au sein d’un environnement parfaitement contrôlé. Une causalité ne peut se déduire que par une étude scientifique spécifiquement adaptée.

Risques avérés, risques fantasmés.

On vous répondra peut-être: « Mais ça ne s’applique pas aux SIDS puisqu’on sait: C’est écrit noir sur blanc sur la notice du vaccin »

Non, on ne sait pas.

Une notice pharmaceutique récapitule les effets secondaires, qui ont deux origines:

  • Les essais cliniques:
    Il y a causalité. On sait que le vaccin peut provoquer ces effets secondaires, et surtout, on sait dans quelle proportion.

 

  • La surveillance post-commercialisation:
    Il y a corrélation. Certaines personnes ont rapporté ces effets secondaires. On ne sait pas si le vaccin peut les provoquer. On ne sait pas dans quelle proportion. On ne sait pas si ce n’est pas juste le fruit du hasard. Pour plus de sûreté, ces effets secondaires seront ajoutés à la liste.

Ouvrons ici une parenthèse: Ces informations sont facilement vérifiables pour les médicaments français, mais elles le sont d’autant plus pour un médicament en provenance des états-unis, ou chacune des deux sources doit être signalée dans un encart distinct sur chaque notice. De plus, l’encart qui reprend les effets rapportés pendant la surveillance post-commercialisation doit inclure un texte équivalent à:

Les effets secondaires qui suivent ont été identifiés pendant un usage postérieur à l’autorisation du médicament X. Parce que ces effets sont rapportés de manière volontaire à partir d’une population de taille inconnue, il n’est pas toujours possible d’estimer avec précision leur fréquence, ou d’estimer un lien de causalité avec le médicament.

Un texte similaire est censé se trouver sur chacune des notices en provenance des états-unis. Notons que la majorité des citations et des copies d’écran que l’on peut trouver sur internet montrent les effets secondaires, tout en « oubliant » ce texte qui explique exactement pourquoi il ne faut pas accorder une importance démesurée à ces informations. C’est un double standard extrêmement proche d’un mensonge flagrant.

Enfin, notons le raisonnement circulaire: Une anecdote conclue que le vaccin est la cause du SIDS au seul motif que les SIDS figurent sur la notice qui est alimentée par des anecdotes qui concluent que le vaccin provoque des SIDS.

Refermons cette parenthèse sur le mythe des notices pharmaceutiques.

Savoir dans quelle proportion survient un effet secondaire est essentiel. C’est ce qui permet de comparer la gravité et la fréquence de cet effet secondaire, avec la gravité et la fréquence de ce que l’on souhaite soigner. On appelle ça le calcul bénéfice/risque. L’opposant aux vaccins n’aime pas le calcul bénéfice/risque, parce qu’il n’aime pas la contradiction. Et le calcul bénéfice/risque contredit continuellement l’opposant aux vaccins.

On vous objectera sans doute: « Mais ils ont raison de ne pas se fier au calcul bénéfice/risque, puisque vous le dites vous même: Pour les SIDS, on ne sait pas dans quelle proportion. »

On ne sait pas dans quelle proportion, on sait juste qu’elle est très-très rare. Si elle n’est pas apparue pendant les tests cliniques, il est très probable que cet effet secondaire spécifique arrive encore plus rarement que les effets secondaires très rares qui ont été mis en évidence. Si le bénéfice est déjà supérieur aux risques pour les effets secondaires très rares mis en évidence pendant les essais cliniques, il est rationnel de conclure que les bénéfices sont également supérieurs aux risques pour les effets secondaires très-très rares non mis en évidence par les effets cliniques.

On veut des études ! Non, pas celle là. Ni celle là. Ni celle là…

Généralement, cette explication est interrompue par l’objection suivante: « Les essais cliniques peuvent ne pas tout voir. Il est arrivé par le passé que l’on se rende compte après coup d’un problème grave. »

Avez-vous déjà vu un groupe opposé à la vaccination changer d’avis sur n’importe quel point, même mineur ? Est-ce parce qu’ils ont toujours eu raison sur tout sans jamais se tromper une seule fois, ou est-ce parce qu’en ne tenant pas compte de la réalité et de leurs erreurs factuelles ils sont incapables de se remettre en question ?

Encore une fois, personne n’est parfait, tout le monde peut faire des erreurs. Mais contrairement à d’autres, les scientifiques en ont conscience et des mécanismes de correction existent.

Prenons le cas des SIDS. C’est un problème grave. Les causes sont mystérieuses, mais pas complètement inconnues. En effet, des études existent qui donnent des pistes intéressantes (Dormir dans le lit de la mère qui est fumeuse, est par exemple un risque aggravant). Ce sont des études prospectives, elles cherchent à posteriori ce qui statistiquement différencie les enfants atteints. Lorsqu’il y a eu un doute sur une éventuelle implication de la vaccination, la première étape a donc consisté à vérifier que la corrélation anecdotique vue pour un individu est également une corrélation statistique.

Une méta-analyse a donc fait le point sur les études prospectives existantes pour voir ce qu’elles indiquent au sujet des vaccins. Que sait-on depuis 2007 ?

Immunisations are associated with a halving of the risk of SIDS. There are biological reasons why this association may be causal, but other factors, such as the healthy vaccinee effect, may be important. Immunisations should be part of the SIDS prevention campaigns.

Il y a une corrélation entre vaccination et une diminution de moitié du risque de SIDS, au point que la vaccination est conseillée également pour diminuer les cas de SIDS.

Corrélation n’implique pas forcément causalité, mais absence de corrélation implique forcément absence de causalité. On peut comprendre qu’un médecin au courant de l’état des connaissances dans ce domaine mentionne en priorité les risques avérés, comme dormir avec son enfant, plutôt que les risques contredits par la science.

L’opposant aux vaccins n’aime pas la science, parce qu’il n’aime pas la contradiction. Et la science contredit continuellement l’opposant aux vaccins, comme ici quand on constate que la vaccination n’augmente pas les risques de mort subite du nourrisson.

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