[Intox] Andrew Wakefield par Andrew Wakefield

Qui mieux qu’Andrew Wakefield pourrait raconter l’histoire d’Andrew Wakefield ? À peu près n’importe qui. Seul, devant la caméra, il nous invente sa version des faits.

Un documentaire tente de nous faire peur. Selon lui, les organisations sanitaires mentent, manipulent les données, mettent en danger des enfants pour s’octroyer un profit confortable. Ce documentaire affirme donc que les autorités ont fait ce que son réalisateur a été reconnu coupable d’avoir fait quand il était médecin, avant d’être radié pour avoir menti, manipulé les données, mis en danger des enfants pour s’octroyer un profit confortable. C’est fâcheux. C’est risible. C’est problématique pour cet ancien chirurgien condamné pour fraude. Il ne peut répandre ses mensonges présents sans qu’on vienne lui reprocher ses mensonges passés. Mais la solution est simple: Il suffit de changer le passé.

Le storytelling d’Andrew Wakefield

Qui mieux qu’Andrew Wakefield pourrait raconter l’histoire d’Andrew Wakefield ? À peu près n’importe qui. Seul, devant la caméra, il nous invente sa version des faits.

Ci-dessous, se trouve la transcription de cette auto-hagiographie accompagnée de quelques annotations. Dans cette transcription, Wakefield fait des affirmations de deux ordres. Des élucubrations conspirationnistes infondées et totalement invérifiables, ainsi que des affirmations factuelles vérifiables. Étant donné que les affirmations factuelles vérifiables se révèlent être fausses, il est rationnel de conclure que les élucubrations conspirationnistes infondées et totalement invérifiables sont en fait des élucubrations conspirationnistes infondées, totalement invérifiables et fausses.

Par exemple s’il affirme que le brevet qu’il préparait en parallèle de son étude n’est pas un vaccin, c’est une affirmation vérifiable (et fausse). Étant donné qu’on peut littéralement lire « peut-être utilisé comme un vaccin » sur la demande de brevet, il est rationnel de penser qu’il ne dit pas non plus la vérité quand il affirme qu’untel a été payé pour le dégommer dans la presse.

Andrew Wakefield répond aux accusations qui lui sont adressées.

1. Expérience

Je suis médecin[1.1]. J’ai été diplômé en 1981. J’ai commencé à pratiquer comme chirurgien avec un intérêt particulier pour les maladies inflammatoires des intestins. Je suis devenu ensuite un chercheur qui gérait une équipe de 19 personnes chargées d’étudier la maladie inflammatoire des intestins, et durant cette période de 10 ans j’ai publié environ 130-140 articles scientifiques sur ce sujet particulier.

1.1: On ne dit pas «docteur» Andrew Wakefield.

Selon ses affirmations, il est MB BS, FRCS, FRCPath. En clair: diplômé en médecine et chirurgie, membre du Collège Royal de Chirurgie et du Collège Royal de Pathologie. Aucune de ces affirmations ne lui permet de se faire appeler docteur.

Un docteur, possède un doctorat (PhD) ou est docteur en médecine (MD). Si l’on ne possède pas de doctorat, on peut tout de même, par courtoisie, se faire appeler docteur si l’on est enregistré en tant que praticien, ce que Wakefield ne peut prétendre depuis qu’il a été radié de l’ordre en 2010.

Le 17 Mai 1995, cette date est imprimée dans mon cerveau[1.2], une mère m’a appelé et m’a dit: « Mon enfant se développait de façon parfaitement normale, ensuite il a eu le vaccin ROR, et il a ensuite régressé vers l’autisme. J’ai dit: « Je suis gastroentérologue, comment puis-je vous aider? ». Et elle a dit: « Mon enfant a de terribles problèmes gastro intestinaux et personne ne les prend au sérieux ». Et l’histoire était tellement captivante, cette mère était très claire, elle décrivait cela très bien, et elle a dit:  » Docteur Wakefield, il y a beaucoup, beaucoup de parents dans la même situation. Les enfants dans un état exactement comme le mien ». Nous l’avons pris très au sérieux. Ce fut le début d’une aventure fascinante.

1.2: En avril 1995, un mois avant cette date imprimée dans son cerveau, Wakefield publiait « La vaccination contre la rougeole est-elle un facteur de risque de maladie inflammatoire de l’intestin ?« , ou il affirme que le vaccin contre la rougeole (le vaccin seul, pas en tant que composante du ROR) pourrait causer la maladie de Crohn, ainsi qu’une colite ulcéreuse.

2. Le lien entre l’autisme et le vaccin ROR (1:24)

Le lien entre le syndrome que nous avons observé et le vaccin ROR est venu des témoignages de parents[2.1]. Les parents disaient : « Je n’étais pas anti-vaccin. J’ai emmené mon enfant pour faire le vaccin ROR au moment indiqué. » Ce vaccin était injecté seul à ce moment-là, conformément au calendrier vaccinal du Royaume-Uni, il était donc facile, selon eux, de voir que le vaccin ROR pouvait en être la cause. A partir de ce moment, leurs enfants avaient développé une très forte fièvre, des convulsions et un sommeil profond prolongé, à l’issue duquel certains s’étaient réveillés totalement différents de ce qu’ils étaient avant. D’autres avaient perdu l’usage du langage et de la parole, les interactions avec leurs frères et leurs sœurs, et étaient devenus profondément malades.

2.1: Tout est fait pour qu’on imagine que Wakefield a été alerté par cette mère en mai 1995, date imprimée dans son cerveau. Pourtant, à cette époque il avait déjà le vaccin contre la rougeole dans son collimateur (c.f. 1.2). Wakefield reprend les symptômes qu’il attribue déjà au vaccin contre la rougeole, y ajoute l’autisme et l’attribue au ROR.

Pour étudier les maladies humaines, les syndromes, que ce soit l’autisme, la maladie de Crohn ou d’Asperger, cela commence toujours par un regroupement de plusieurs patients, parfois pas plus de quatre, parfois quinze, qui présentent des symptômes similaires. Leurs résultats cliniques sont si semblables qu’ils méritent de faire l’objet d’un article. Cela s’appelle une cohorte. C’est comme cela que nous décrivons les maladies et les syndromes en premier lieu. Cela mène à des études plus approfondies où sont ensuite testées les hypothèses de causalité. Les faits rapportés par les parents sont-ils exacts ? L’enfant avait-t-il régressé après le ROR, et le ROR était-il la cause du problème ?[2.2]

2.2: Pour faire une étude, on s’adresse à l’hôpital et on leur demande s’ils ont des cas qui correspondent à tels symptômes. L’auteur de l’étude ne choisit pas. C’est la méthode standard (“the standard route”) pour sélectionner les cas qui feront parti d’une étude. Tout le monde a imaginé que c’est ce qui avait été fait ici aussi, puisque c’est ce que Wakefield a affirmé, à de multiples reprises. Mais il a été démontré qu’il avait menti. Plusieurs enfants faisant parti de l’étude n’ont pas été envoyés par le service de gastro-entérologie. En fait, soit ces enfants n’avaient pas de symptôme gastro-entérologique, soit c’est Wakefield lui-même qui avait pris une part active dans le processus de sélection. De plus, les parents ou amis des enfants sélectionnés faisaient parti du groupe de pression qui milite pour la reconnaissance d’un danger concernant les vaccins et qui avait embauché Wakefield pour son travail de consulting à 400.000£ (c.f.:5.1).

Vous pouvez vous poser la question : « Oui, mais tous les enfants vaccinés avec le ROR ne deviennent pas autistes, alors quel est le risque ? » Pourquoi ? Pourquoi ces enfants-ci et pas d’autres ? Une de nos hypothèses était l’âge auquel l’enfant avait été vacciné. La base de cette hypothèse, c’est que nous savons que les maladies telles que la rougeole présentent plus de risques de complications chez les sujets plus jeunes. Si un enfant attrape la rougeole en dessous de l’âge d’un an, les risques de complications suite à cette maladie sont beaucoup plus importantes que lorsqu’un enfant attrape la maladie à un âge ultérieur.

3. La Sécurité du Vaccin ROR –( 3:28)

Maintenant, à ce stade, en tant que chercheur, j’avais examiné en détail les études de sécurité du ROR. J’ai été très, très inquiet par le fait que ces études étaient totalement inappropriées. Ce n’est pas seulement mon opinion, parce que par la suite, la revue Cochrane, qui est l’une des meilleures références de la littérature médicale, a étudié les données et a fait le même constat accablant[3.1]. Leurs propos étaient que les études de sécurité pour la mise sur le marché du vaccin ROR étaient en grande partie inadéquates, en particulier par rapport aux vaccins monovalents.

3.1: Que dit la revue Cochrane sur le ROR ?

« Conclusions des auteurs

Implications pour la pratique.

Les données existantes sur l’innocuité et l’efficacité du vaccin ROR confirment les politiques actuelles de vaccination de masse visant l’éradication mondiale de la rougeole et afin de réduire la morbidité et la mortalité associées aux oreillons et à la rubéole.

Implications pour la recherche.

La conception et la notification des résultats en matière de sécurité dans les études sur les vaccins ROR, avant et après commercialisation, doivent être améliorées et des définitions normalisées des effets indésirables doivent être adoptées. Davantage d’éléments de preuve permettent de déterminer si l’effet protecteur du ROR pourrait diminuer avec le temps écoulé depuis la vaccination. »

Pour être tout à fait clair: La revue Cochrane, estime que le vaccin est suffisamment sûr pour qu’il soit utilisé en vaccination de masse, mais qu’il manque encore des études, et Wakefield ne retient que la partie qui dit qu’il manque des études.

Nous savons donc que Wakefield pense que Cochrane est « l’une des meilleures références de la littérature médicale », voyons ce que Cochrane pense de Wakefield. Pour cela, il suffit de continuer à lire la revue citée par Wakefield:

« Actuellement, c’est la seule revue couvrant à la fois l’efficacité et la sécurité des vaccins ROR. En accord avec les résultats des autres études et revues, aucune association significative entre autisme et exposition au ROR n’a pas été trouvée. L’étude de Wakefield (Wakefield, 1998), qui relie la vaccination ROR à l’autisme, a récemment été complètement rétractée (The Editors of The Lancet 2010) après que le Dr .Wakefield ait été reconnu coupable d’inconduite éthique, médicale et scientifique dans la publication du document; De nombreux autres auteurs ont d’ailleurs démontré que ses données étaient frauduleuses (Flaherty, 2011). Une rétractation officielle de l’interprétation selon laquelle il existait un lien de causalité entre le vaccin ROR et l’autisme a déjà été publiée en 2004 par 10 des 12 coauteurs originaux (Murch, 2004). À ce moment-là (1998), une couverture médiatique excessive et injustifiée de cette petite étude a eu des conséquences désastreuses (Flaherty 2011, Hilton 2007, Offit 2003, Smith 2008), comme la méfiance à l’égard des programmes de vaccination en santé publique, une diminution significative de la couverture des vaccins ROR et la réapparition de la rougeole au Royaume-Uni. »

Pour être tout à fait clair: Le document que cite Wakefield comme preuve parce qu’il est issu de « l’une des meilleures références de la littérature médicale », est celui qui dénonce ses fraudes, qui montre qu’elles ont été démontrées par d’autres qui lui attribue un rôle significatif dans la réémergence de la rougeole au Royaume-Uni. Il est irrationnel de ne retenir que la partie qui va dans dans le sens de Wakefield et d’ignorer la partie qui dénonce ses agissements sans la moindre équivoque. C’est un double standard.

En d’autres termes, les études de sécurité des vaccins monovalents étaient meilleures[3.2].

3.2: Notons que malgré de meilleures études de sécurité des vaccins monovalents, Wakefield avait déjà le vaccin monovalent contre la rougeole dans son collimateur en 1995 (c.f. 1.2)

 Par exemple, imaginons que je sois allé à la FDA et que j’ai alors trois médicaments contre la tension artérielle, et que je dise : « J’ai ces trois médicaments. J’ai une autorisation de mise sur le marché pour chacun d’entre eux individuellement, mais je voudrais les mettre ensemble dans le même comprimé. Puis-je mettre les trois autorisations dans un dossier et vous remettre le tout et obtenir une autorisation pour le médicament combiné? » Ils rejetteraient ma demande et, à juste titre. Ils diraient : « Revenez quand vous aurez fait une étude comparative de chaque médicament en combinaison avec l’autre, et comparez-les avec le médicament isolé pour les effets secondaires, et aussi pour les effets indésirables»[3.3]. Cela aurait dû être fait avec le vaccin ROR et cela ne l’a pas été. Il y avait beaucoup d’hypothèses sur la sécurité de ce vaccin trivalent, et je crois que les enfants paient maintenant le prix pour ces hypothèses[3.4].

3.3: En réalité, les autorités répondent: « Comme ce sont des médicaments qui sont utilisés ensemble depuis longtemps et qu’individuellement ils ont fait leurs preuves, alors c’est bon ». C’est la cas par exemple pour le Trivizir, un médicament tout en un (Single Tablet Regimens) pour le traitement du VIH.

3.4: Wakefield entretient la confusion. Il voudrait nous faire croire que reconnaître la nécessité de faire plus d’études sur la sécurité en général, c’est admettre que l’on ne sait rien sur un éventuel lien spécifique entre ROR et autisme, ce qui est faux. Le lien éventuel avec l’autisme a été étudié de manière répétée et approfondie. Une revue systématique qui porte sur 1.2 millions d’enfants n’a pas réussi à établir de lien. C’est la raison pour laquelle la revue Cochrane citée plus haut, qui est selon Wakefield « l’une des meilleures références de la littérature médicale », affirme que Wakefield à tort sur ce sujet: « En accord avec les résultats des autres études et revues, aucune association significative entre autisme et exposition au ROR n’a été trouvée. »

4. L’étude du Lancet – (5:05)

L’étude du Lancet elle-même est née de l’observation de plusieurs enfants dans la même situation. Développement normal, régression, et diagnostic d’un trouble du spectre autistique, ainsi que des symptômes gastro-intestinaux et une inflammation de l’intestin. Il s’agissait de regrouper ces histoires ensemble et de dire : “Voici les douze premiers enfants que nous avons vus. Voici ce que nous avons trouvé. C’est vraiment remarquable, c’est cohérent.[4.1] Cela indique l’émergence d’un nouveau syndrome de maladie humaine. » Dans la plupart des cas, les parents expliquaient que la régression était survenue après le vaccin ROR. C’est maintenant à l’étude comme hypothèse. D’autres études devraient être menées pour élucider si oui ou non cela est vrai. Ceci a été publié en tant que dossier d’étude dans le Lancet en février 1998. Une conférence de presse a été tenue à la requête du doyen de l’école de médecine. Les résultats y ont été expliqués.

4.1: Pour être tout à fait clair, Wakefield nous dit: « Voici les premiers enfants que nous avons vu et dont les parents font parti du procès en cours qui affirme que le vaccin est responsable ». C’est bien sûr une démarche absolument non-scientifique. Si vous sélectionnez tous vos patients parmi le groupe « les chaussettes en laine donnent mauvaise haleine », il y a de fortes chances que tous vos cas possèdent à la fois des chaussettes en laine et une mauvaise haleine. Cependant, cela ne dira rien sur la réalité du phénomène. Pour cela, il faut par exemple examiner les gens qui consultent pour la mauvaise haleine et voir s’ils portent plus de chaussettes en laine que le reste de la population. C’est la méthode standard (“the standard route”). Wakefield a commencé par dire que c’est ce qu’il avait fait. Puis on a constaté qu’il avait menti (c.f.:2.2). Il a choisi ses cas parmi le groupe de gens qui font parti du procès « mon enfant a été vacciné et maintenant il est autiste » et a fait une étude qui dit que des enfants ont été vaccinés et ont ensuite été autistes. Parce qu’il a menti sur la manière dont les sujets ont été sélectionnés, et parce que c’est une démarche absolument non-scientifique, il a donc été radié.

5. Conflit d’intérêt –( 6:13)

Au Royaume-Uni, un procès a donc été lancé, par les familles [des enfants malades], contre les fabricants du vaccin. J’ai été impliqué dans ce procès ainsi que les patients de l’étude du Lancet. Dès qu’ils avaient été diagnostiqués et qu’ils étaient convaincus que c’était bien ce qui s’était passé, ils se sont joints à la procédure.[5.1]

5.1: Il manque ici une information essentielle: Dans quel ordre est-ce que cela s’est fait ? Est-ce que les patients de l’étude se sont joint au procès, ou est-ce que les participants au procès se sont joint à l’étude ?

  • JABS est un groupe de pression lancé en 1994 et composé de parents qui pensent que leur enfant a été victime d’un vaccin.
  • En 1996, l’avocat de JABS embauche Wakefield pour une somme qui dépassera les 400.000 £ (c.f.:5.2)
  • En 1998, Andrew Wakefield publie son étude frauduleuse. La plupart enfants de cette étude n’ont pas été sélectionnés par la voie normale. En revanche, on constate qu’ils sont liés au groupe JABS.

Il a été prétendu que l’étude avait été faite uniquement pour servir le procès et qu’elle avait été financée par les avocats. Ceci n’est pas vrai. Ce n’était tout simplement pas le cas. J’ai alors accepté d’être expert médical et en fait je me suis senti obligé d’agir comme tel, en leur nom, parce qu’il y avait un grand nombre de médecins dans le camp adverse, prêts à se faire rémunérer par l’industrie pharmaceutique en tant qu’experts.[5.2]

5.2: Wakefield nous explique que, parce qu’il y avait un grand nombre de médecins dans le camp adverse prêts à se faire rémunérer en tant qu’experts, il a donc accepté de se faire rémunérer en tant qu’expert. Mais lui, c’est pas pareil. Les autres se font payer, ils travaillent pour l’argent. Lui se fait payer, mais il travaille pour réparer une injustice.

Depuis 1996, deux ans avant la publication de son étude, Wakefield facture son expertise sur le procès 150£ de l’heure en passant par l’entreprise de sa femme, pour un total de plus de 430.000£, plus les frais. Dans son storytelling, Wakefield a omis ce détail.

Une des accusations portées à mon encontre était que j’avais agi au nom des avocats, et que j’avais été payé par eux pour réaliser l’étude du Lancet. En fait, j’étais payé par un programme d’Etat de compensation pour agir en tant qu’expert médical[5.3].

5.3: Wakefield tente d’entretenir la confusion sur qui a fait quoi. Détaillons les différents acteurs: Le Legal Aid Board est un fond public destiné à aider financièrement et protéger les droits des citoyens britanniques dans leurs démarches judiciaires. Les cabinets d’avocats représentent les citoyens britanniques dans leurs démarches judiciaires. Ils ont accès aux fonds du Legal Aid Board. Quand Wakefield dit qu’il n’a pas été payé par les avocats, ce qu’il faut comprendre c’est que les avocats n’ont pas payé Wakefield de leur poche. Les avocats ont payé Wakefield plus de 430.000£ en piochant dans l’argent public du Legal Aid Board (c.f. 5.2).

D’autre part, on remarque que Wakefield nous dit en somme: « Le Legal Aid Board m’a payé moi pour être expert sur le procès, mais n’a pas payé pour l’étude », ce qui reste un conflit d’intérêt. Qu’il ait touché personnellement plus de 430.000£ (c.f 5.2) dans le contexte d’un procès voulant faire le lien entre ROR et autisme est une information qui aurait dû être communiquée dans l’étude.

Cela n’avait rien à voir avec l’étude du Lancet qui avait été financée par le Service National de Santé[5.4].

5.4: Selon le storytelling de Wakefield, si le Legal Aid Board l’a payé lui, il n’a jamais payé pour l’étude du Lancet.

Pourtant, le Legal Aid Board dit qu’ils ont financé l’étude de Wakefield: « Pour faciliter la mise en place de l’étude clinique et scientifique proposée par le Dr A.J. Wakefield dans la limite de 10 personnes et un coût maximal de 55.000£ et couvrir les travaux nécessaires par les avocats dans la limite de 10.000£« 

Pourtant Wakefield dit que le Legal Aid Board a financé l’étude de Wakefield: « La somme de 50.000£ nous a été allouée par le Legal Aid Board pour investiguer l’association possible de ce syndrome avec le vaccin ROR. Cet argent a été fourni par le cabinet Dawbarns pour l’usage exclusif de l’étude décrite dans le protocole ci-joint« 

Le règlement effectué par le conseil d’aide juridique ne m’avait pas été remis à moi, initialement; il avait été remis à l’école de médecine afin qu’ils réalisent cette étude pour rechercher la présence du virus de la rougeole dans les intestins atteints de ces enfants. C’est précisément ce qui a été fait[5.5].

5.5: Une fois encore, il existe des documents qui s’accordent difficilement avec le storytelling de Wakefield. Il faut noter qu’il a initialement tenté d’accepter cet argent pour son étude, mais parce que les fonds proviennent d’un cabinet d’avocat et parce qu’il s’agit d’un projet de recherche, le doyen de l’école de médecine s’y est opposé pour des raisons éthiques. Wakefield est donc passé par un proxy qui mettra cette somme à sa disposition afin qu’il ait tout de même accès aux fonds en provenance du cabinet d’avocat pour son étude.

Cette information était connue du rédacteur en chef du Lancet, depuis environ un an avant la publication de la recherche. L’avocat lui avait envoyé des documents qui disaient : « Nous travaillons avec le Dr. Andy Wakefield sur cette problématique. » Il le savait, ou devait le savoir, mais d’une manière très commode, il a oublié de mentionner ce fait, lorsqu’il est venu témoigner sous serment devant le Conseil de l’Ordre [anglais], et ce n’est que par la suite qu’il a été découvert qu’il le savait depuis le début.

6. Coup monté contre Dr. Wakefield – (8:21)

C’est dès lors qu’il y a eu cette menace de procès juridique, qu’ils s’en sont pris très durement à moi. Ce qui s’est passé, c’est qu’il y avait un journaliste qui s’appelle Brian Deer, un journaliste indépendant travaillant pour News International, Rupert Murdoch, qui m’a attaqué et a inventé une histoire, une fable si fantastique de ce « médecin diabolique vivant dans un manoir et nuisant aux enfants du monde » dans le but de s’enrichir et de devenir un héros dans l’histoire de la médecine. Il a pris l’histoire de ma vie et il l’a réécrite, et c’était une stratégie, une stratégie délibérée, une stratégie des relations publiques, pour dire “Nous discréditons cet homme, on l’isole de ses collègues, nous détruisons sa carrière, et ensuite on dira aux autres médecins qui peuvent oser s’en mêler « c’est ce qui va vous arriver ». Et c’est très triste parce que beaucoup de bons médecins, de médecins honnêtes ont dit: “Andy, je sais que c’est vrai. Je sais que c’est vrai », et ils ont écrit que c’était vrai, les communications internes confirment leurs convictions que c’était vrai, mais quand le temps est venu de faire le meilleur choix pour ces enfants alors cela n’allait pas être bon pour leurs carrières et ils ont fait marche arrière. In fine, la stratégie a eu l’effet escompté. Ai-je la sensation d’avoir été la victime d’un coup monté par l’industrie pharmaceutique? Oui, je pense que c’était le cas.

Pourquoi moi en particulier ? Il y avait en fait 13 auteurs. Beaucoup d’entre eux figuraient parmi les chercheurs les plus éminents de leur domaine. Ils m’ont choisi parce que j’agissais dans le procès comme expert contre les fabricants. Et j’ai écrit à mes collègues que je ne pouvais plus soutenir l’utilisation de ce vaccin, ROR; que j’allais continuer de soutenir vigoureusement l’utilisation des vaccins monovalents les vaccins séparés rougeole, oreillons et rubéole mais que je ne pouvais pas soutenir l’utilisation du vaccin trivalent. Je pense que c’est parce que j’avais pris cette position franche qu’ils s’en sont pris à moi en particulier.

Une autre accusation est que j’étais dans ma caverne à créer secrètement un vaccin monovalent, un concurrent au ROR et qui le battrait sur le marché en le discréditant et puis je lancerais mon propre vaccin sur le marché. C’était l’idée de Brian Deer. Ce que nous avions à ce moment là était un brevet, détenu par l’école de médecine pas par moi [6.1].

6.1: Peut-on bénéficier d’un brevet dont on ne possède pas les droits ? Wakefield le pense. « Il a admis avoir envisagé l’usage du facteur de transfert sur au moins une partie de la population et avoir un intérêt de carrière et financier dans son succès.« . Il était en affaire avec l’un des parents des participants de l’étude pour la fabrication et la vente du facteur de transfert.

D’autre part, Wakefield détient les droits de ces brevets depuis 2003: « Après que le Dr Wakefield ait déposé ces brevets en 1997, par l’intermédiaire d’une filiale commerciale appartenant à l’école de médecine, ces possibilités ont été convenablement explorées. Les experts au sein de l’école ont indiqué que ces brevet n’avaient pas de base scientifique ou d’exploitabilité commerciale. Les droits de propriété intellectuelle ont été abandonnés et ont été attribués au Dr Wakefield lorsqu’il a quitté l’école.« 

C’était un brevet sur une substance qui s’appelle le « facteur de transfert », c’est un complément alimentaire naturel qui se trouve dans le lait maternel, par exemple, et qui peut renforcer les défenses immunitaires. S’il marche ou non est une autre question. C’est ce que nous cherchions à découvrir. Mais il stimule la réponse immunitaire face à une infection comme la rougeole. Il ne pouvait pas empêcher les enfants de contracter la rougeole, il n’agissait pas du tout comme le ROR. Ce qu’il faisait , c’est qu’il aidait à éliminer le virus quand des enfants étaient déjà malades. Il n’aurait jamais pu concurrencer le vaccin ROR, jamais, parce qu’il ne fonctionnait pas de la bonne manière, c’est un effet thérapeutique et non préventif[6.2].

6.2: La première demande de brevet date d’avant la publication de l’étude et présente sans ambiguïté un vaccin:

« La présente invention concerne un nouveau vaccin pour l’élimination du virus de la rougeole et une composition pharmaceutique ou thérapeutique pour le traitement de la maladie inflammatoire intestinale (IBD); En particulier la maladie de Crohn et la colite ulcéreuse et la maladie comportementale régressive (RBD). […] Il faut donc un vaccin plus sûr qui ne soulève pas ces problèmes et un traitement pour ceux qui souffrent d’une MII existante. J’ai maintenant découvert un vaccin combiné / agent thérapeutique qui est non seulement très probablement plus sûr d’administrer aux nouveau-nés et d’autres par voie de vaccination, mais qui peut également être utilisé pour traiter les MICI soit comme un traitement complet ou pour soulager les symptômes. […] Les compositions de la présente invention ont la capacité non seulement de conditionner le récepteur pour élever une réponse immunitaire spécifique au virus de la rougeole et du virus de la rougeole lorsqu’il est utilisé comme vaccin. »

La deuxième demande de brevet est également on ne peut plus claire. Le facteur de transfert « peut être utilisé comme vaccin contre la rougeole« . La demande a été faite en juin 1998, 4 mois après la publication de l’étude.

Cela a été expliqué, en détail, mais Brian Deer a tout simplement complètement ignoré cela. Il est resté sur l’idée que c’était un concurrent au ROR et que j’essayais tout simplement de me faire un paquet d’argent en mettant ce produit sur le marché.

La relation entre Brian Deer et le fabricant de vaccins, Smith Kline Beacham, qui est devenu par la suite Glaxo Smith Kline, était très proche, une relation très intime. Il avait été à l’origine un critique de leur médicament AZT, mais depuis lors avait reçu des droits exclusifs sur certaines de leurs données sur les effets indésirables de médicaments, le résultat de certains échanges, un accord quelconque entre eux. Et par la suite, je pense qu’il est devenu en quelque sorte leur chien d’attaque. Comment un seul journaliste pouvait-il réaliser ce que Brian Deer a réussi à faire de façon si efficace? C’était la volonté du gouvernement, c’était la volonté de l’industrie pharmaceutique et c’était la volonté des médias. À cette époque, James Murdoch, fils de Rupert Murdoch, travaillant au News International, était membre du conseil d’administration de Glaxo Smith Kline[6.3]. En tant qu’administrateur non exécutif, son travail au sein du conseil d’administration de ce fabricant de vaccins était de protéger la réputation de l’industriel dans les médias.

6.3: L’étude frauduleuse de Wakefield date 1998. Les premières mises en cause de Wakefield dans par presse datent de 2003. James Murdoch a été administrateur de GSK de 2009 à 2012.

Il y avait donc cette cabale très incestueuse à laquelle participaient le gouvernement, les médias et l’industrie et ils voulaient tous ce résultat, et ils allaient donc l’obtenir. Et contre eux, il y avait: moi. Alors vous accusez un chercheur de fraude, en 30 secondes, et il faut une vie entière pour s’en remettre. Et ils le savaient. Ils savaient à quel point les médecins sont vulnérables, que les accusations de fraude étaient complètement fausses.

Mais vous n’avez pas à me croire sur parole[6.4].

6.4: Après 10 minutes de témoignage vidéo mélangeant théories conspirationnistes infondées et affirmations factuellement réfutées, ce commentaire est particulièrement ironique.

Il y a maintenant une enquête approfondie, un examen des données originales utilisées dans le document du Lancet par un ancien scientifique de l’Environmental Protection Agency, le Dr David Lewis. Je ne l’avais jamais rencontré auparavant. Il a pris tous les dossiers originaux et les a analysés, et a démontré catégoriquement et définitivement que je n’avais jamais commis aucune fraude mais que la fraude avait eu lieu de la part de Brian Deer et du British Medical Journal. Ils avaient falsifié frauduleusement notre travail au Royal Free Hospital afin d’atteindre le but finalement atteint, et ça, c’est la perception mondiale que cette étude était fausse; qu’elle avait été inventée et qu’elle n’était pas solide.[6.5]

6.5: Les affirmation de David Lewis concernent un seul aspect, qui est celui du diagnostic des colites. Outre le fait que ce qu’affirme David Lewis, microbiologiste environnemental à la retraite, est contredit par les 5 spécialistes en gastro-entérologie consultés au moment de la rédaction de l’article, cela ne concerne pas:

  • Les fraude constatées concernant la sélection des patients.
  • Les affirmations contredites par les dossiers médicaux.
  • Les dissimulations sur la caractérisation des autismes.
  • Les sommes touchées personnellement et non déclarées.
  • Le financement de l’étude par un cabinet d’avocat.
  • Le dépôt de brevet d’un vaccin concurrent
  • Le montage d’une société pour exploiter un vaccin concurrent avec l’un des parents de l’étude.

Par définition, les affirmations de Lewis ne peuvent dédouaner Wakefield sur toutes les fraudes constatées qu’il ne mentionne pas.

D’autre part, comme l’explique la revue Cochrane, qui selon Wakefield est « l’une des meilleures références de la littérature médicale », de nombreux autres auteurs ont démontré que les données de Wakefield étaient frauduleuses (c.f. 3.1). Il est irrationnel d’ignorer tous ceux qui constatent ses méfaits pour mettre en avant le seul qui pense que les accusations ne sont pas justifiée. C’est un double standard.

7. Les échantillons de sang (14:25)

Oui, les échantillons de sang lors de la fête d’anniversaire de mon fils. Afin d’étudier les enfants atteints d’autisme (nous faisions des analyses de leur sang), nous avions besoin d’échantillons de sang provenant d’enfants en pleine santé. Et bien sûr à l’hôpital on ne trouve pas d’enfants en pleine santé. On n’y voit que des enfants malades. Alors ma femme a proposé que lors de la fête d’anniversaire à venir, nous collections des échantillons de sang de nos enfants et des enfants invités. J’ai pensé que c’était une idée raisonnable. Cela a été fait avec le consentement pleinement éclairé de tous les parents et des enfants. C’était tout à fait éthique. Ce n’était pas pire que, par exemple, d’aller au centre de vaccination et recevoir un vaccin, en fait peut-être même beaucoup mieux[7.1]. Cela a été réalisé par un médecin très expérimenté, pas par moi et il n’y a eu absolument aucun problème. Le seul problème c’est que nous n’avions pas eu l’accord du comité d’éthique de l’hôpital. Mais ça ne le rend pas contraire à l’éthique[7.2]. C’était fait, comme j’explique, avec le consentement pleinement informé des parents et des enfants. Voilà l’histoire.

Est-ce que je le regrette ? Oui. Pas parce que c’était contraire à l’éthique – ça ne l’était pas – mais parce que ça a donné au Conseil de l’Ordre anglais un argument pour me retirer mon droit d’exercer. C’était une erreur et si je devais le refaire, je le referais avec l’accord éthique approprié, donc c’est quelque chose que je regrette, mais était-ce à aucun moment contraire à l’éthique ? Non.

7.1: C’est un manquement éthique grave, selon le conseil de l’ordre et les experts qui ont témoigné: « Le Dr Wakefield a défendu la base éthique de la prise de sang lors d’une fête d’anniversaire contrairement aux experts qui ont témoigné devant le Comité et qui a fermement condamné cette action. Le Comité a déterminé que son comportement était gravement inférieur aux normes attendues d’un médecin et constituait une violation de la confiance que le public a le droit d’avoir dans les membres de la profession médicale. Elle a conclu que ce comportement constituait une faute professionnelle grave« .

En répondant « C’était tout à fait éthique », Wakefield nous fait une réponse du même ordre que: « Oui, j’étais en excès de vitesse, mais je roulais pas vite M. l’agent ».

7.2: Le storytelling de Wakefield nous laisse imaginer qu’on lui reproche d’avoir fait des expérimentations sans l’accord du comité d’éthique, alors que ce qu’on lui reproche c’est d’avoir menti en disant qu’il avait obtenu l’accord du comité d’éthique. On lui reproche d’avoir écrit dans l’étude: « Les enquêtes ont été approuvées par le Comité des pratiques éthiques de l’Hôpital Royal Free NHS Trust, et les parents ont donné leur consentement éclairé« . Oh, et d’avoir payé des enfants pour qu’ils donnent leur sang.

8. Le journal “ le Lancet “ se rétracte [8.1] – (16:12)

8.1: Le Lancet ne se rétracte pas, il rétracte une étude. (Dans un cas on admet une erreur, dans l’autre on retire sa confiance à une étude)

L’article du Lancet a été retiré sur la base de deux accusations[8.2].

8.2: La notice de rétractation en dit un peu plus: « À la suite du jugement rendu le 28 janvier 2010 par les membres du General Medical Council’s Fitness to Practise, il est devenu évident que plusieurs éléments du document de 1998 de Wakefield et coll. sont erronés et en contradiction avec les conclusions d’une enquête antérieure. En particulier, les allégations dans le document original selon lesquelles les enfants ont été «référencés consécutivement» et que les enquêtes ont été «approuvées» par le comité local d’éthique se sont avérées fausses. Par conséquent, nous retirons entièrement ce document de l’enregistrement publié« 

L’article a été retiré parce que le jugement ayant aboutit à la radiation de Wakefield a montré que plusieurs éléments étaient faux. La notice en cite deux, mais elle indique qu’il y en a d’autres.

D’autre part, contrairement à ce qu’on pourrait croire en suivant la chronologie du storytelling de Wakefield, il y a d’abord eu radiation par le conseil de l’ordre, puis rétractation de l’étude par le Lancet.

La première est que les recherches sur chaque enfant ont été faites de manière consécutive ; en d’autres termes, les enfants sont arrivés dans le programme l’un après l’autre. Ce que cela signifie, c’est que notre méthode de travail n’était pas d’avoir pris uniquement les enfants choisis parce que leur histoire était celle que nous voulions entendre, et que nous aurions laissé de côté les autres. Non, on prend les enfants au fur et à mesure qu’ils arrivent pour pouvoir justement inclure tous les enfants; cela évite les biais. Et c’est comme cela qu’il faut faire.[8.3]

8.3: Ce que le storytelling de Wakefield nous explique, c’est que l’article a été rétracté parce qu’il avait fait les choses de la bonne manière. Il faudrait donc en déduire que toutes les autres études qui ne sont pas rétractées ne font pas correctement le travail de sélection des sujets d’étude.

En réalité, l’étude de Wakefield a été rétractée parce qu’elle ne disait pas la vérité. L’étude disait « Les enfants ont été sélectionnés comme ceci », alors que ce n’était pas vrai (c.f.:2.2)

La seconde raison est que, Brian Deer avait demandé à ce que la publication soit retirée. Et par la suite le Conseil de l’Ordre aussi, parce qu’il n’y avait pas eu d’approbation éthique. En Amérique, ça veut dire l’approbation par la commission de recherche institutionnelle pour l’étude elle-même. Mais c’était une étude clinique qui ne nécessitait pas d’approbation éthique[8.4]. En revanche, les analyses de biopsies intestinales, oui. Et il y a eu une approbation éthique pour cela. Brian Deer le savait pertinemment quand il a poursuivi, puisque c’était un document qu’il avait en mains. Il a donc délibérément retenu cette information du Conseil de l’Ordre. C’était une obstruction à la justice [et à la vérité][8.5].

8.4: 3 enfants ont subi une ponction lombaire, alors qu’il n’y avait aucune raison thérapeutique de le faire. Faire des prises de sang sur des enfants (c.f. 7.1) ne peut avoir de justification thérapeutique, c’est de la recherche. Cependant, Wakefield n’a pas seulement fait ces actes médicaux sans approbation, il a fait ces actes médicaux sans approbation puis a affirmé dans l’étude qu’il y avait approbation. Ce sont les raisons qui ont conduit le GMC à conclure: « Affirmer dans l’article du Lancet que les recherches ont été approuvées par le comité d’éthique alors que ce n’était pas le cas est irresponsable. »

8.5: Si l’on écoute le storytelling de wakefield, on comprend donc que Brian Deer, journaliste, se serait présenté devant le conseil de l’ordre. Il avait dans sa poche un document, mais il a préféré le garder pour lui. Et comme c’est une information concernant l’étude de Wakefield que Wakefield n’avait pas en sa possession, ou qu’il n’a jamais été amené à s’exprimer devant le conseil de l’ordre, ou qu’il était à la piscine le jour ou ils en ont parlé, il a été impossible à Wakefield de montrer au conseil de l’ordre ce document qui l’aurait sans aucun doute disculpé.

Pourtant, le conseil de l’ordre était parfaitement au courant de cette distinction qui ne l’avait pas convaincu à l’époque: « En ce qui concerne l’approbation du Comité de la recherche et de l’éthique, le Groupe spécial a tenu compte des principes directeurs éthiques particuliers en ce qui concerne la recherche sur les enfants. Il a rejeté l’affirmation générale du Dr Wakefield selon laquelle le projet 172-96 n’a jamais été entrepris; Que toutes les enquêtes menées sur les enfants ont été indiquées cliniquement et que les éléments de recherche du projet ont été couverts par une autre approbation du Comité d’éthique. Le Groupe spécial a conclu que le programme d’enquêtes auquel ces enfants étaient soumis faisait partie du projet 172-96. Il a en outre déterminé que les conditions d’approbation et les critères d’inclusion pour ce projet n’étaient pas respectés. La confiance du Comité d’éthique sur la probité du Dr Wakefield en tant que consultant responsable n’a pas été respectée.« .

9. Radiation de l’ordre des médecins – (17:21)

Le Conseil de L’Ordre des médecins au Royaume-Uni s’appelle le Conseil Médical Général (General Medical Council) et on est jugé par ses pairs (médecins) ainsi que par des non-médecins.

Au CMG, il y avait trois accusés : Professeur Walker-Smith, qui était, à l’époque, le meilleur gastroentérologue pédiatrique du monde, un homme expérimenté avec un parcours impeccable et une carrière irréprochable; ainsi qu’un de ses adjoints, le Docteur Simon Murch ; et moi-même. Nous avons tous les trois été déclarés coupables. Simon Murch n’a pas été radié mais Walker-Smith et moi-même nous l’avons été. Il a ensuite été financé pour faire appel auprès de la haute cour anglaise. J’ai moi-même fait appel mais pour des raisons financières, il était impossible pour moi de continuer et en fait, ce n’était pas le premier objectif de me faire réintégrer en tant que médecin, car il y avait des choses plus importantes à faire.

En revanche, Professeur Walker-Smith a fait appel et lors de cet appel, c’est-à-dire la première fois que cette affaire avait été jugée par un jury convenable, le juge a détruit la décision du Conseil de l’Ordre. Il a effectivement dit qu’ils avaient été incompétents et qu’ils n’étaient pas en mesure de juger les éléments de preuves, qu’ils avaient commis des erreurs, qu’ils avaient mal compris les faits, qu’ils avaient falsifié les preuves, et, le pire de tout, qu’ils n’étaient pas objectifs.[9.1]

9.1: La décision de la cour sur l’appel de Walker-Smith est particulièrement intéressante. Une synthèse complète existe. Elle relève, entre autres :

  1. Walker-Smith n’était pas au courant des mensonges qui allaient être publiés dans l’étude.La défense de Walker-Smith est qu’il n’avait validé que le brouillon et qu’il avait notifié qu’il fallait changer la phrase qui indique que le comité d’éthique avait donné son accord. À charge pour Wakefield de livrer le document finalisé, ce qu’il a fait sans modifier la mention sur le comité d’éthique. L’arrêt de la cour d’appel ne dédouane pas Wakefield, bien au contraire.

    En clair, selon la cour d’appel Walker-Smith a été réhabilité parce qu’il est impossible de prouver qu’il était au courant de la fraude de Wakefield.

  2. Walker-Smith affirme qu’il ne faisait pas de la recherche.Pour la cour d’appel, on ne peut condamner Walker-Smith que si l’on peut prouver qu’il savait qu’il était en train de faire de la recherche. Walker-Smith affirme que pour lui c’était une étude thérapeutique, et la cour d’appel dit qu’il aurait fallu prouver que ce n’est pas le cas avant de le condamner. Cependant, dans le même arrêt, on constate qu’il ne fait aucun doute pour la cour d’appel que Wakefield avait bien conscience de faire de la recherche. L’arrêt de la cour d’appel ne dédouane pas Wakefield, bien au contraire: Pour toutes les parties concernées, il est clair que Wakefield faisait de la recherche:
    • Pour la cour d’appel: « It was Dr. Wakefield who first perceived a link between behavioural and gastrointestinal disorders and between both and measles/measles vaccines. As a researcher, he was, throughout, principally interested in testing his hypotheses. Dr. Wakefield played an unusual role for a researcher in the referral of many of the Lancet children to the clinical team for investigation.« 
    • Pour le conseil de l’ordre: « There is no challenge to the panel’s finding that Dr. Wakefield’s purpose was research: to investigate and, if possible, demonstrate the link between MMR vaccine, regressive autism and gastrointestinal disorders. The critical question in the case of Professor Walker-Smith was whether that was his primary purpose as well. His evidence was that his purpose was to attempt to find out what was wrong with child 2 – something which no previous investigation had achieved.« 
    • Pour Walker-Smith: « In relation to the research that is being done concerning this group of children I suggest that you or (child 5’s mother) should be directly in touch with Dr. Andy Wakefield who is directing the research aspect of this study. If you have any further queries please do not hesitate to contact me.« 

En clair, selon la cour d’appel Walker-Smith a été réhabilité parce qu’il est impossible de prouver qu’il savait faire de la recherche, contrairement à Wakefield qui l’a acté dans de nombreux documents.

Le Conseil de l’Ordre s’était mis en tête depuis le début que nous étions coupables, et ce juge a complètement renversé leur décision et a dit qu’en effet, ceci ne devrait plus jamais arriver. Walker-Smith a été réintégré dans l’ordre des médecins et toutes les allégations contre lui ont été rejetées. 90% des accusations contre Walker Smith étaient les mêmes que celles portées contre moi.[9.2] L’étude aurait dû être réhabilitée, mais le rédacteur en chef du Lancet a refusé afin de protéger sa réputation et son emploi.

9.2: Ce qui a été dit concernant Walker-Smith par la cour d’appel ne s’applique pas à Wakefield (c.f.9.1). Mais ce qui a été dit concernant Wakefield par le conseil de l’ordre ne concerne pas Walker-Smith. Dans son storytelling, Wakefield a choisi de lancer un chiffre au hasard (90%) plutôt que détailler ce qui a été dit:

  • Les fraude constatées concernant la sélection des patients.
  • Les affirmations contredites par les dossiers médicaux.
  • Les dissimulations sur la caractérisation des autismes.
  • Les sommes touchées personnellement et non déclarées.
  • Le financement de l’étude par un cabinet d’avocat.
  • Le dépôt de brevet d’un vaccin concurrent
  • Le montage d’une société pour exploiter un vaccin concurrent avec l’un des parents de l’étude.

Tous ces points ne font pas parti du jugement de Walker-Smith, ne font pas parti de son appel et donc ne peuvent être réfutés par ce moyen.

Cette histoire a-t-elle été médiatisée ? Brièvement. Dans un seul journal. Histoire importante : très brève mention. Personne ne parle de ça maintenant; tout le monde parle du fait que nous avons été discrédités, radiés et que la recherche a été retirée. Mais l’histoire réelle reste encore à raconter.

10.Conséquences – (19:56)

Eh bien, c’est très intéressant car à l’époque, je faisais une recommandation que les parents devaient pouvoir choisir pour utiliser des vaccins monovalents [ rougeole, oreillons , rubéole mais séparés ]. En d’autres termes, je recommandais non pas de ne pas protéger leurs enfants contre ces infections, mais de pouvoir le faire de la façon dont les parents le choisiraient, et à cette époque, au Royaume-Uni et aux États-Unis, les vaccins monovalents étaient disponibles. Ainsi les parents pouvaient choisir: «Je ne suis pas d’accord pour faire le ROR, mais je veux vacciner mon enfant, alors je vais opter pour les vaccins séparés». Et ils protégeaient parfaitement bien, par exemple contre la rougeole[10.1]. Cette option était donc possible. Je n’aurais pas fait cette recommandation si cela n’avait pas été le cas.

10.1: Rappelons le, en avril 1995 Wakefield publiait « La vaccination contre la rougeole est-elle un facteur de risque de maladie inflammatoire de l’intestin ? ». L’article ne concerne pas le ROR, mais bien le vaccin monovalent contre la rougeole. (c.f. 2.1)

Mais, au Royaume-Uni, six mois plus tard, le gouvernement a retiré l’autorisation d’importation des vaccins monovalents. Aux États-Unis, idem, quelques années plus tard, Merck a arrêté unilatéralement la production des vaccins monovalents. En fait, ils les produisent séparément afin de les mettre ensemble, mais ils ont cessé de les rendre disponibles séparément sur le marché, de sorte que c’était un ROR ou rien: notre décision ou le néant. Cela privait les parents du choix. Ils étaient toujours inquiets au sujet du ROR, donc ils n’ont pas vacciné: et la rougeole est revenue: c’était entièrement de leur faute. Comme je le dis dans le film, j’ai demandé à un membre haut placé au Ministère de la Santé: «Pourquoi faites-vous cela si vous voulez réellement protéger les enfants contre ces maladies infectieuses graves? Pourquoi supprimer ce choix pour les parents ?” Cette personne m’a répondu “parce que si nous donnons le choix aux parents alors cela anéantirait notre programme ROR ». En d’autres termes, le souci était de protéger le programme et non pas les enfants. Et c’était une erreur désastreuse: La rougeole est revenue, c’était entièrement prévisible, mais bien sûr, ils n’ont pas manqué de rejeter la responsabilité sur moi.[10.2] Et quand ils parlent de l’incidence des refus du ROR au Royaume-Uni, ce qu’ils ne disent pas c’est l’augmentation au même moment de l’usage des vaccins monovalents avant leurs retraits du marché.

10.2: Wakefield affirme que l’absence de vaccins monovalents est ce qui a causé la recrudescence des cas de rougeole. Pourtant, avant de s’attaquer au ROR, il tentait déjà de montrer que les risques du vaccin monovalent. De plus, la revue Cochrane, « l’une des meilleures références de la littérature médicale » selon Wakefield énumère de nombreuses études qui attribuent sans conteste la responsabilité de cette défiance à l’égard de la vaccination à son étude frauduleuse (c.f. 3.1).

11. Projets – 21:48

Je ne vais pas prétendre que tout cela a été facile à vivre mais c’est une situation d’urgence sur la plan médical qui ne me laisse pas le choix. Lorsque je m’apitoie un peu sur mon sort, à cause de la radiation de l’ordre ou de ce qu’on dit dans les médias, je n’ai qu’à regarder le prochain enfant autiste afin de réaliser qu’en fait je n’ai pas de problème. J’ai une famille merveilleuse et quatre enfants en pleine santé. Il n’y a pas d’autisme dans ma famille. Je regarde le prochain enfant atteint d’autisme et je pense que c’est cet enfant qui a un problème. Moi, je n’ai pas de problèmes. Donc je me dis « arrête de t’apitoyer sur ton sort, reprends toi et fais le boulot ».[11.1]

11.1:

Que Wakefield tente de s’en sortir en prenant des libertés avec la vérité n’est pas particulièrement étonnant si l’on considère ses antécédents. Mais comment peut-il encore exister des gens pour le croire ? Que faire quand près de 20 ans plus tard il est encore possible de s’en sortir par une pirouette alors qu’il existe des données factuelles qui montrent la réalité des choses ? Quand une demande de brevet dit textuellement « c’est un vaccin », est il possible de s’en sortir en disant que ce n’est pas un vaccin ? Est-il possible de s’en sortir en affirmant que ce qui existe n’existe pas ? La réalité a-t-elle si peu d’importance ?  Force est de constater que les partisans de Wakefield se sont extraits de la réalité depuis longtemps. Ce n’est plus une question de raisonnement, c’est une question de foi. Il faut croire en Wakefield, chercheur désintéressé que le gouvernement cherche à faire taire parce qu’il est aux ordres du grand capital qui a le pouvoir de salir sa réputation par l’entremise d’un journaliste corrompu aux ordres d’un magnat de la presse maléfique qui possède un don de précognition qui fait qu’il sait que des années plus tard son fils aura besoin d’aide quand il travaillera pour les labos. Et la boucle est bouclée. Soit Wakefield a fraudé, soit c’est le reste du monde. Ce sera le reste du monde. Il suffit d’avoir la foi.

Il est plus facile de tromper les gens que de les convaincre qu’ils ont été trompés.
Mark Twain.

 

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