[Intox] Tétanos : une propagande vaccinale abusive et dangereuse !

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En 1802, on voit des vaches qui sortent du corps traumatisé de personnes vaccinées.

En 2016, on voit des bébés qui hurlent des prescriptions médicales.

Mais la propagande, la vraie, c’est quand un médecin dit 0%,

alors que c’est en fait 0.00004%

Bernard Guennebaud se présente comme mathématicien. Il a de nombreuses théories à propos de nombreux sujets, qui tournent tous autour des vaccins.

Lorsqu’il n’est pas en train de distiller ses propres erreurs, il aime à l’occasion pointer celles des autres. Même si celles-ci datent d’un peu après la fin de la présidence de Pompidou.

40 ans de réflexion

1.1 La paille et la poutre
1.2 C’est le premier qui a parlé qui a raison
1.3 Le propagandeur propagandé

2.1 Les risques danger du métier

3.1 Rétro-efficacité
3.2 Les chiffres ne mentent pas, ou alors pas beaucoup
3.3 Archéo-statistiques
3.4 Google-fu master

Pour résumer

Le lecteur pressé pourra se rendre directement à la partie ou on constate que les chiffres ont été bidonnés.

40 ans de réflexion

Dans un récent article article, Bernard se propose de nous montrer, comme il le dit lui même, « les incohérences et les abus de la propagande vaccinale qui provoque des accidents très graves ». Pour cela, il consacre la totalité de son article à une brochure, « Les vaccinations Pourquoi Comment ? », selon lui envoyée à tous les médecins de France. Cette brochure a été rédigée il y a plus de 40 ans. Dans une prochaine communication, peut-être tentera-t-il de nous démontrer le retard français en matière de télécommunications avec une analyse poussée des annuaires téléphoniques de 1975.

Ce billet aurait pu donc être très court. Pointer le fait que les arguments avancés ont très largement passé leur date d’expiration aurait pu être suffisant. Les arguments ont beau être pertinents, il n’en demeure pas moins qu’ils arrivent un peu tard. C’est en tous cas ce qui aurait pu être dit si les arguments étaient pertinents, ce qu’ils ne sont pas.

1.1 La paille et la poutre

Bernard nous explique donc qu’il y a 65 ans, un professeur du Centre Internationale de l’Enfance à Paris écrivait au sujet d’une étude:

12 cas de tétanos; six ont été notés chez des sujets qui avaient échappé à la vaccination, deux chez des soldats incomplètement vaccinés et qui n’avaient pas reçu l’injection de rappel au moment de la blessure, quatre chez des blessés qui avaient reçu le traitement complet.

Seulement voilà, Bernard signale qu’il y a 40 ans, un médecin rédige une brochure qui dit tout autre chose au sujet de la même étude:

12 Tétanos dont 6 chez des sujets non vaccinés – 6 mal (pas de rappel)

Bernard constate donc que la brochure envoyée à tous les médecins de France il y a 40 ans ne dit pas la même chose qu’un cours rédigé 25 ans plus tôt:

On peut donc constater que les 6 cas apparus chez des soldats « complètement vaccinés » sont devenus des cas apparus chez des soldats « mal vaccinés (pas de rappel) ».

(

Notons entre parenthèses que Bernard se trompe. Il écrit « 6 cas apparus chez des soldats « complètement vaccinés » », alors que le texte n’en mentionne que 4. En clair :

On peut donc constater que les 4 cas cités dans les cours sont devenu 6 cas chez Bernard.

Quelques jours après la notification de son erreur, un correctif est apporté, ce qui marque la fin de cette parenthèse amusante. Cependant, si son erreur avait été imprimée plutôt que diffusée sur internet, elle persisterait encore en 2056 quand les générations futures lui reprocheront sa propagande ANTI-vaccinale sur cette base.

)

Il est possible de pointer une erreur. Il suffit de montrer qu’il existe une différence entre une affirmation et la réalité. Pour affirmer qu’il y a propagande, il faut de plus montrer que l’erreur est volontaire.

D’autre part, on peut remarquer que Bernard n’hésite pas à dégainer l’argument de la propagande sur un sujet qui concerne 4 personnes parmi 10 millions (0.00004%), alors que lui même peut s’absoudre malgré une erreur de 40%.

Selon Bernard donc, la « propagande abusive et dangereuse ! » est avérée. Pourtant son raisonnement est invalide.

1.2 C’est le premier qui a parlé qui a raison

Ces deux extraits, qui se réfèrent à la même étude, sont contradictoires. Rationnellement, on peut en conclure qu’ils ne peuvent pas avoir tous les deux raison. Mais d’un point de vue rationnel, on constate également que c’est tout ce qu’on peut en conclure parce qu’il reste encore trois possibilités: Le premier texte a raison et l’autre à tort, ou l’inverse, ou ils ont tort tous les deux. De ces trois possibilités, Bernard va en choisir une de manière tout à fait arbitraire, parce que c’est celle qui s’accorde le mieux avec ses idées préconçues (C’est un trait de son caractère). En clair: Ce que dit le médecin est faux et il a choisi de mentir, dans un but de manipulation. Il y a donc propagande.

Ces deux sources citent la même étude. Il est donc indispensable de s’y référer. Que nous apprend « Tetanus in the United States Army in World War II« , l’étude qu’aurait du consulter Bernard avant de faire la moindre affirmation ?

  • 6 cas ont reçu un premier vaccin.

The other group of 6 had completed the basic series.

  • 2 ont également reçu un rappel de routine.

Two patients (cases 4 and 11) had received these injections at the proper time

  • 2 ont également reçu un rappel de routine non conforme, 3 et 4 mois plus tard au lieu de un an.

two patients (cases 10 and 12) were given stimulating injections sooner than prescribed

  • 2 n’ont pas pu recevoir le rappel de routine.

in two patients (cases 6 and 9) the stimulating injection was not yet due when the soldiers were injured.

  • 2 n’ont pas reçu le rappel d’urgence au moment de la blessure.

Two of these, however, had not been given an emergency stimulating injection of toxoid after injury

Une partie non négligeable de cette étude est donc consacrée aux raisons de ces manquements aux préconisations et on constate qu’au final, un seul cas répond aux critères de vaccination tels que définis par l’armée à cette époque:

there was only one individual (case 11) who had received, in strict accordance with Army Regulations, an initial series followed after a year by a stimulating injection with a further stimulating injection after injury.

tetanus_table_I.png
Détail des 12 cas de tétanos

1.3 Le propagandeur propagandé

Maintenant que nous savons à quoi nous en tenir, reprenons les deux citations que Bernard entendait comparer. Les deux citations, une fois corrigées, deviennent:

12 cas de tétanos; six ont été notés chez des sujets qui avaient échappé à la vaccination, deux chez des soldats incomplètement vaccinés et qui n’avaient pas reçu l’injection de rappel au moment de d’urgence consécutive à la blessure, deux chez des soldats incomplètement vaccinés et qui n’avaient pas encore reçu l’injection de rappel de routine au moment de la blessure, deux chez des soldats incomplètement vaccinés et qui avaient reçu trop tôt l’injection de rappel de routine, quatre chez des un seul chez un blessés qui avaient reçu le traitement complet.

12 Tétanos dont 6 chez des sujets non vaccinés – 6 5 mal (pas de rappel de routine ou d’urgence conforme)

On constate donc que les deux extraits sont erronés. L’extrait qu’entendait utiliser Bernard comme arbitre de la « propagande vaccinale » donne trois malades correctement vaccinés de plus que la réalité, alors que l’extrait qu’il entendait critiquer n’en donne qu’un de moins. Selon ses propres critères, il y a donc trois fois plus matière ici à dénoncer la « propagande ANTI-vaccinale » qui a engendré cette citation erronée. On ne peut pas dénoncer l’un et ignorer l’autre, ce serait un double standard.

Pour résumer: L’argument « Il y a plus de 40 ans, une brochure envoyée à tous les médecins de France a dit « 0 sur 10 millions » (0%) alors qu’elle aurait dû dire « 4 sur 10 millions » (0.00004%) », censé démontrer le coté « abusif », ou « dangereux » de la « propagande vaccinale » est, en plus d’être ridicule, également erroné.

2.1 Les risques danger du métier

À titre de nouvel exemple de propagande abusive et dangereuse, Bernard cite un texte vieux de 45 ans, une étude qui semble contredire la brochure écrite par ce médecin il y a plus de 40 ans en disant que des réactions indésirables ont été rapportées.

En effet, l’étude indique:

La survenue de réactions indésirables lors de la primo-vaccination ou des injections de rappel a été rapportée par différents auteurs [1, 2, 5, 7, 8,11, 13, 16, 18, 23, 25, 26].

Le médecin, quant à lui avait écrit:

Il n’y a jamais de complications locales ni générales. […] Toutes les réactions rapportées sont dues à la confusion avec l’injection de sérums. […] Le sérum est un palliatif qui devrait être proscrit depuis longtemps.

Notre médecin, en déclarant quelque chose en contradiction avec les connaissances scientifiques du moment ferait donc de la propagande (abusive et dangereuse). Intéressons-nous donc aux connaissances scientifiques du moment.

Seulement quelques mois auparavant le British Medical Journal, faisait un état des lieux des connaissances sur le sujet. Il précise en toutes lettres que les réactions au vaccin ne sont pas mortelles et ne laissent pas de séquelles.

Reactions to tetanus toxoid do not endanger life, do not leave any sequelae, and do not occur in more than about 1% of adults, mainly the overimmunized. They are recorded only in countries where tetanus mortality has always been low but overimmunization is common.

De plus, notre médecin fait aussi une mise en garde sur l’utilisation du sérum antitétanique, alors qu’à la même époque paraissait cette étude montrant que le bénéfice-risque du sérum antitétanique était négatif parce que le risque de faire un choc anaphylactique dépassait de loin le risque d’infection. Contrairement aux 12 références vues plus haut, cette étude porte sur toute une population.

En effet, si l’on s’intéresse aux 12 références rapportées par l’étude, on constate que ce sont des rapports de cas, ce qui correspond au plus bas niveau de preuve scientifique.

(La hiérarchie des preuves scientifiques dans la recherche médicale)

Les études de cas peuvent être très utiles en temps que point de départ pour de futures investigations, mais elles ne sont généralement qu’une simple anecdote, donc vous ne devriez pas leur accorder trop de poids. Par exemple, imaginons qu’un nouveau vaccin est mis au point et que durant sa première année d’utilisation, un médecin reçoit un patient qui a commencé à avoir des convulsions après avoir reçu le vaccin. Il rédige donc un rapport de cas à ce propos.

Cette étude devrait (et sera certainement) être prise au sérieux par la communauté médicale et scientifique qui devra ensuite mettre en place une étude pour déterminer si oui ou non le vaccin cause réellement des convulsions, mais vous ne pouvez pas utiliser cette étude comme une preuve manifeste que les vaccins sont dangereux. Il faudra attendre une étude à grande échelle avant de parvenir à une telle conclusion.

N’oubliez jamais que le fait qu’un événement A survienne avant un événement B ne signifie pas que A est la cause de B (c’est en fait un sophisme appelé post hoc, ergo propter hoc). Il est tout à fait possible que les convulsions aient été causées par quelque-chose n’ayant absolument aucun rapport avec le vaccin, et que la proximité temporelle ne soit qu’un simple hasard.

Qu’un médecin se réfère à l’absence d’effets secondaires mortels ou laissant des séquelles par une absence de complications ne serait pas extraordinaire. On pourrait très certainement lui reprocher de ne pas être suffisamment précis dans cette dizaine de lignes au style télégraphique. En revanche, pour lui reprocher de faire des affirmations contraires aux connaissances scientifiques du moment, ce sera plus difficile.

Bernard ici tente de nous convaincre que ce médecin cherche à nous (le « nous » d’il y a 40 ans) tromper parce qu’il existe des rapports de cas de réactions indésirables. Ce faisant il entretient la confusion entre « danger » et « risque ». Le danger se rapporte aux conséquences, alors que le risque se rapporte à la probabilité de survenue. Par exemple, un avion est très dangereux, il peut tuer plusieurs centaines de personnes en quelques secondes. Cependant, si des millions de personnes voyagent par avion tous les ans, c’est parce que le risque est quant à lui extrêmement faible. Si ces études de cas nous montrent le danger du vaccin, elle ne nous apprennent rien quant au risque.

Notre médecin, quant à lui, n’avait peut être pas vu ces rapports de cas il y a plus de 40 ans (sans doute des soucis avec son fournisseur d’accès à internet), cependant il n’est pas possible d’affirmer qu’il y a propagande puisque ses affirmations sont en accord avec les connaissances scientifiques du moment: Il n’y a pas de risque (les réactions au vaccin ne sont pas mortelles et ne laissent pas de séquelles), et le sérum est à proscrire.

3.1 Rétro-efficacité

Troisième exemple de propagande abusive et dangereuse de cette brochure éditée il y a plus de 40 ans: La fausse réussite de la vaccination en Angleterre.

Selon Bernard, le médecin cite les faibles cas de tétanos en Angleterre depuis 1968 pour preuve de l’efficacité du vaccin. Lui se propose de nous montrer ce qu’il s’est passé avant. Il nous le montre, chiffres à l’appui.

oms_stat_tetanos_suspect.png

Bernard constate:

En Angleterre il n’y avait qu’une vingtaine de décès par tétanos à cette époque (13 en 1963) alors que la France comptait près de 300 décès !

Il en déduit:

Le merveilleux résultat dont la propagande française glorifie les Anglais a été obtenu AVANT la vaccination.

Pourtant, la comparaison des chiffres de mortalité qui sont faites ici entre la France et l’Angleterre est invalide. (Les informations qui suivent sont issues du très instructif « National surveillance of tetanus in England and Wales 1930-79« )

  • La première raison est que la déclaration des cas de tétanos n’est pas obligatoire en 1963, elle n’est donc qu’indicative dans la mesure ou on ne peut écarter l’hypothèse d’une sous-notification. La déclaration devient obligatoire en 1968, date à partir de laquelle les chiffres peuvent être qualifiés de fiables.

Notre médecin ne commet pas cette erreur, puisque sa comparaison concerne 1968. Les chiffres avancés par notre médecin sont fiables, ce n’est pas le cas de ceux que produit Bernard.

  • La seconde raison est que Bernard ne tient pas compte de la modification de la classification internationale des maladies qui quelques années plus tôt et pour la première fois définit les règles internationales de comptabilisation des statistiques de mortalité.

Alors qu’auparavant chaque pays comptabilisait les cas de tétanos suivant des règles qui lui étaient propres, il est décidé que si le tétanos est consécutif à une blessure grave, ou s’il vient compliquer une maladie préexistante, le décès ne devra plus être attribué au tétanos et ne sera plus comptabilisé, ce qui induit en Angleterre une baisse artificielle.

This reduced the number of deaths assigned to tetanus between 1954 and 1959 by about one-third but in the decade 1970-79 it reduced these deaths by more than one-half and accordingly the true death rates were higher than shown in Table I in the last three decades (Table II).

En réalité, sur la période 1960-1969, il y a eu 278 personnes infectées par le tétanos qui décèdent en Angleterre et au Pays de Galles, soit 23 par an en moyenne.

national-surveillance-of-tetanus-table-ii

Voilà pourquoi, lorsqu’on entend comparer des chiffres de mortalité qui concernent cette période, il est indispensable de connaître le moment ou chaque pays s’est mis en conformité avec les définitions internationales et d’appliquer un coefficient correcteur qui reflète ces changements, ce que Bernard n’a pas fait. Le temps de prise en compte par chaque pays des modifications dans cette classification internationale est variable et de l’ordre de plusieurs années (6 ans pour l’Angleterre), rendant futile le genre de comparaisons qu’il tente de faire ici.

Notre médecin ne commet pas cette erreur, puisque sa comparaison ne concerne pas le nombre de décès, mais le nombre d’infections. Les chiffres avancés par notre médecin sont fiables, ce n’est pas le cas de ceux que produit Bernard.

  • La troisième raison qui invalide le raisonnement de Bernard n’est pas spécifique au tétanos. En matière d’efficacité vaccinale, il est peu fiable de comparer les chiffres de la mortalité. Rien ne permet d’affirmer que la mortalité du tétanos est comparable dans deux hôpitaux de deux pays distincts à une époque nettement moins mondialisée qu’aujourd’hui.

En fait, ces disparités par pays sont connues. La proportion de personnes infectées par le tétanos et qui décèdent serait de 27% pour l’Angleterre dans les années 60. Pour la France et pour la même époque toutes les estimations sont très supérieures, jusqu’à 69% pour la plus haute.

Il est donc tout à fait possible que 10 décès en Angleterre correspondent à 52 personnes infectées, alors que 10 décès en France correspondent seulement à 15 personnes infectées. Bernard imagine faire une critique de l’efficacité du vaccin, mais en ne retenant que les chiffres de la mortalité il ne fait probablement qu’une critique du système hospitalier de l’époque. C’est fâcheux.

Notre médecin ne commet pas cette erreur, puisque sa comparaison ne concerne pas le nombre de décès, mais le nombre d’infections. Les chiffres avancés par notre médecin sont fiables, ce n’est pas le cas de ceux que produit Bernard.

La valeur qu’il manque à Bernard est le nombre d’infections pour chaque pays. C’est la seule qui est pertinente dans ce cas, et c’est celle qui a été utilisée par le médecin que Bernard voudrait critiquer.

3.2 Les chiffres ne mentent pas, ou alors pas beaucoup

Bien entendu, ces différentes raisons qui invalident cette comparaison sont présentées simplement à titre didactique. En effet, pour montrer qu’il y a propagande, il ne sert à rien de simplement montrer que les chiffres de l’Angleterre sont très bas. Ce qu’il faut impérativement montrer, c’est que les chiffres de l’Angleterre sont très bas et que l’Angleterre est peu vaccinée.

Bernard nous dit:

jusqu’en 1965 compris, les Anglais ne vaccinaient pratiquement pas contre le tétanos. Par exemple, en 1965 il y a eu seulement 35128 primo-vaccinations et 20 205 rappels pour une population de 46 millions d’habitants

Cette affirmation est fausse pour deux raisons:

  • La première raison est que c’est un sophisme (un non-sequitur).

Si l’on considère un pays déjà fortement vacciné, les PRIMO-vaccinations seront faibles si on les compare à l’ensemble d’une population DÉJÀ vaccinée. Pourtant, en appliquant le raisonnement de Bernard on pourrait dire: « Dans ce pays fortement vacciné, les primo-vaccinations sont faibles, donc ses habitants ne se vaccinent pratiquement pas »

C’est comme si vous disiez « Il y a eu seulement 247.000 PREMIER dodo en 2015 pour une population de 66.6 millions d’habitants. Les français ne dorment pratiquement jamais ! »

Ce qu’il manque ici, c’est le taux de couverture, c’est à dire le pourcentage total de personnes vaccinées à un moment donné.

  • La seconde raison est que les chiffres ont été bidonnés.

L’absence de rationalité des chiffres avancés pose un doute majeur quand à leur fiabilité. Pour info, un « rappel de vaccin », comme son nom l’indique doit être consécutif à une vaccination antérieure de plusieurs années. Il est illogique que la forte augmentation des primo-vaccinations que Bernard situe en 1966 soit accompagnée d’une augmentation équivalente des rappels pour la même année. Il devrait forcément y avoir un décalage de plusieurs années entre ces deux augmentations.

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Il n’y a que deux explications à ce problème .

  1. Ces chiffres sont exacts. Dans ce cas, le décalage existe et pour chacune des années entre 1966 et 1971 ou il y a eu 1 million de rappels correspond une année avec une progression équivalente que l’on ne peut pas voir parce qu’elle se situe avant 1962. Ce qui implique que l’affirmation de Bernard est fausse: L’Angleterre est très fortement vaccinée depuis bien avant 1962.
  2. Ces chiffres sont faux. Les données ont été inventées, ou modifiées, ou proviennent de sources différentes et contradictoires en fonction des années, ou ne représentent pas ce qui est annoncé.

Il faut donc choisir. Est-ce que les données sont fausses, ou est-ce que les conclusions sont fausses ? Le faible nombre de rappels pour les années 63 à 65 implique qu’il faudrait qu’avant 1962 on ait des vaccinations de l’ordre de 1 million par an, puis 50.000 pendant au minimum 3 ans, puis à nouveau 1 million par la suite, ce qui est peu crédible. Il est donc plus probable que les chiffres soient erronés.

Il est possible de pointer une erreur. Il suffit de montrer qu’il existe une différence entre une affirmation et la réalité. Pour affirmer qu’il y a propagande, il faut de plus montrer que l’erreur est volontaire. Confronté dans les commentaires au caractère suspect de ces chiffres, Bernard n’a su qu’échafauder de nouvelles affirmations infondées pour préserver ses affirmations précédemment réfutées:

« En fait on compte […] Admettons […] sans doute […] sans doute […] sans doute […] Admettons […] comme l’attestent les documents de l’époque […] peut-être […] Il est possible […] Il est possible aussi […] Je pense que ce pourrait être là l’explication principale même si la première n’est pas exclue non plus »

Toutes ses hypothèses sur-mesure ont pour but d’empêcher la réfutation. Toutes ses hypothèses sont purement spéculatives.  Aucune de ses hypothèses n’est accompagnée de la moindre donnée factuelle. Il ne s’agit que d’un énorme sauvetage Ad Hoc.

En définitive, que les chiffres qui soutiennent ses affirmations se révèlent être faux ne change rien pour Bernard qui maintient ses affirmations en dépit de la réalité. Pour qu’il ait raison il faut que tout le monde excepté lui accumule un grand nombre d’erreurs sur un grand nombre d’années dont on n’en retrouvera aucune trace nulle-part par la suite ? C’est crédible. En tous cas Bernard y crois.

Je ne peux pas savoir, et ne vais pas cherché à savoir, ce qui a pu se produire dans les services anglais pour que cela se produise.

Avant ce moment, Bernard aurait pu invoquer une simple erreur et rectifier. Depuis ces dénégations, on ne peut que constater que le fait de propager cette affirmation décrédibilisée est assumé et volontaire.

Il y a donc propagande et il est probable que les chiffres soient bidonnés.

3.3 Archéo-statistiques

En commentaire de sa page, les dénégations de Bernard sont nombreuses et contradictoires, mais il y a un invariant: Il ne peut prouver l’exactitude de ces chiffres, mais il peut en certifier origine, si on consent à le croire sur parole.

Son incapacité à remonter à la source de ces informations discrédite immédiatement ses affirmations. C’est ce qu’il aurait dû rationnellement, et de lui même, conclure depuis 1978 (Il faut croire qu’en 39 ans, personne n’avait même regardé ces chiffres dont l’irrationnalité est flagrante). Cependant, Bernard s’entête et affirme qu’il a raison tout en niant à qui que ce soit la possibilité de vérifier. Ces informations datent d’avant internet, avant Google, avant l’indexation des données scientifiques. Bernard nous l’assure, il a eu ces chiffres sous les yeux, même s’ils ont aujourd’hui disparu. Son discours est par définition non réfutable, et donc invalide.

Cette raison à elle seule est plus que suffisante pour réfuter le discours de Bernard: Ses affirmations sont infondées. Il est donc inutile de chercher à prouver que ces chiffres sont faux, ce serait redondant.

Redondons donc.

Donner un nombre de vaccination pour dire que la population se vaccine peu est irrationnel. On l’a vu plus haut, c’est un non-sequitur: Les personnes qui ne se vaccinent pas peuvent être déjà vaccinées. Ce que Bernard évoque sans le dire tout en disant « la population se vaccine peu », c’est la couverture vaccinale. C’est à dire le nombre total de personnes vaccinées à un moment donné. Au lieu de son tableau, c’est cette valeur qu’il aurait dû rechercher.

En 1961, le vaccin contre le tétanos est ajouté aux vaccins de routine pour les nouveaux-nés, et si un nombre de vaccination ne permet pas d’évaluer le taux de couverture vaccinale, l’inverse est en revanche tout à fait possible. On peut donc savoir si les chiffres de Bernard sont faux, même s’ils ont disparu sous le tapis de l’Histoire.

Atlas of Epidemic Britain: A Twentieth Century Picture tetanus coverage.pngAtlas of Epidemic Britain: A Twentieth Century Picture

On voit sur ce graphique que dès 1964, la couverture vaccinale est d’environ 75% pour les enfants de moins de deux ans. Avec quelque chose comme 800.000 naissances par an à l’époque, on peut s’attendre à trouver plus de 500.000 vaccinations par an rien que pour les nouveaux-nés.

3.4 Google-fu master

Nous avons donc un tableau non sourcé, aux valeurs douteuses, et réfuté par une source alternative. À ce stade, chercher des preuves supplémentaires confinerait à l’acharnement thérapeutique.

Confinons donc.

Rendons nous sur la page de recherche de livres de google et entrons quelques nombres du tableau de Bernard.

tetanus_health_google

Dans le très britannique Annual Report Of The Ministry Of Health de 1968, on retrouve les chiffres de vaccination de 1966 à 1968. Google, un peu chiche, ne permet de visualiser que des données partielles. C’est cependant tout à fait suffisant pour constater qu’il s’agit bien des mêmes données que celles du tableau de Bernard, pour la même période.

Dans le rapport de 1967, on retrouve les chiffres de vaccination de 1965 à 1967. À nouveau, la visualisation est incomplète.

Mais la visualisation est inutile. Il se trouve que dans son résultat de recherche, google nous fournit la totalité de ce dont nous avons besoin:

Ces mêmes données, remises en forme:

tetanus_health_google_nice

Peut-on creuser beaucoup plus bas ? Pas vraiment. Le rapport de 1965 ne donne que les chiffres de 1965:

tetanus_health_google_1965Ces mêmes données, remises en forme:

tetanus_health_google_1965_nice

La page 19 du rapport de 1964 confirme que c’est l’année suivante que commencera la collecte des statistiques nationales, fin du jeu de pistes.

tetanus_health_google_1964.png

Au final, que nous aura appris le ministère de la santé britannique ?

On constate que les années postérieures à 1966 sont relativement correctes dans le tableau de Bernard. Bien sûr, il écrit 835.506 au lieu de 836.506, ou 753.722 au lieu de 753.522, mais ce n’est pas bien méchant, juste un petit manque de rigueur qui fait que deux des six nombres vérifiés entre 1966 et 1968 sont erronés.

En revanche, pour 1965 Bernard a tout faux. Avec quelques 800.000 primo-vaccinations et autant de rappels, on est très loin des 30.000 avancés.

On constate aussi qu’il n’existe pas de chiffres avant 1965, date à laquelle les statistiques sont collectées pour la première fois. Les chiffres de Bernard pour les années 1962 à 1964 ne peuvent donc provenir du ministère de la santé britannique.

On constate également que les valeurs définitives du nombre de vaccinations pour 1965 sont disponibles dès la publication du rapport de l’année 1965.

Remarquons en outre que les chiffres de Bernard, en plus d’être faux, ne correspondent pas à ce qui était annoncé. Là ou il affirme qu’il s’agit d’un nombre total de vaccinations, on constate qu’en réalité ces chiffres ne concernent que les enfants.

Dans l’hypothèse de tout à l’heure, on voit qu’on à vraiment coché toutes les cases:

Ces chiffres sont faux. Les données ont été inventées, ou modifiées, ou proviennent de sources différentes et contradictoires en fonction des années, ou ne représentent pas ce qui est annoncé.

C’est avec une surprise feinte que l’on constate que le tableau de Bernard qui a l’air bidonné, est bidonné.

De l’importance de fournir des sources précises.

De l’importance de toujours vérifier les sources.

Pour résumer

  • Bernard exhume de ses archives une brochure qui date de plus de 40 ans.
  • Il tente de réfuter les affirmations de cette brochure qui sont pourtant en accord avec les connaissances scientifiques du moment.
  • Cette brochure contient des erreurs, mais pas plus que ce qu’il appelle « la Bible en matière de vaccinations ».
  • Pour contredire ce qui y est dit, il produit des chiffres qui sont par définition incapables de prouver ce qu’il cherche à prouver.
  • Les chiffres qu’il avance sont de plus irrationnels et tout indique qu’ils ont été bidonnés.
  • Bernard est incapable de montrer que ces chiffres ne sont pas que le pur produit de son imagination.
  • Il est possible de montrer par ailleurs que ces chiffres sont faux.

Bernard a échoué à montrer la moindre propagande dans ce document qui date de plus de 40 ans.

S’il y a une propagande qui est visible ici, c’est celle qui consiste à présenter de fausses données qui ne correspondent pas à la réalité et à persister dans cette erreur malgré une réfutation formelle.

*

***

*

Et puis un jour …

Montrer les sophismes et erreurs de cet article n’aura rien fait.
Montrer que ces chiffres ne prouvent pas ce qui est dit n’aura rien fait.
Montrer que ces chiffres sont douteux n’aura rien fait.
Montrer que des sources alternatives réfutent ces chiffres n’aura rien fait.
Montrer que les chiffres se rapportent à autre chose n’aura rien fait.

Montrer les vrais chiffres n’aura rien fait.

Et puis un jour …

… sans raison particulière …

l’article de Bernard disparaît.

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And like that – poof – he’s gone

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