Vaxxed fumisterie

Beaucoup de francophones ont découvert l’histoire du « lanceur d’alerte du CDC » avec le film de propagande Vaxxed, et de nombreux parents pourraient en toute bonne foi imaginer que ce qui y est dit correspond d’une façon ou d’une autre à la réalité. Pourtant, ce serpent de mer conspirationniste existe depuis des années et ces affirmations ont maintes fois été formellement réfutées.

eye2bof2bhorus2b1Ceci est une traduction de « MMR, the CDC and Brian Hooker: A Guide for Parents and the Media », disponible sur Harpocrates Speaks.

Vaccin ROR, le CDC et Brian Hooker: Un guide pour les parents et les médias

La communauté anti-vaccination est en effervescence récemment à propos d’un supposé « lanceur d’alerte du CDC », le Dr William W. Thompson, qui, selon eux, aurait révélé une fraude au sein du Centers for Disease Control and Prevention (CDC) aux États-Unis. Pour appuyer leurs affirmations, ils mettent en avant une étude rédigée par l’un d’eux, Brian S. Hooker, qui cherche à montrer qu’il y aurait des preuves d’un risque accru d’autisme parmi les garçons afro-américains qui recevraient leur premier vaccin ROR tardivement. Cependant, ces affirmations se révéleront être infondées et sans substance, et c’est pourquoi ils ont donc choisi de s’appuyer sur des arguments émotionnels qui pourraient sembler convaincants à ceux qui ne sont pas familiers avec les questions et les personnes impliquées. D’une manière véritablement atroce, ils ont, à tort et avec cynisme, comparé tout ceci à l’étude sur la syphilis de Tuskegee, et assimilé le CDC à un mélange d’Adolf Hitler, Josef Stalin et Pol Pot.

Dans ce contexte, voici un bref récapitulatif pour les parents, les médias et les autres, afin de les aider à comprendre ce que les accusations contiennent et ce que les preuves montrent en réalité. Les questions ci-dessous ont été soulevées ou sous-entendues par des militants anti-vaccins. Espérons que cela empêchera les rapports inexacts et aidera les parents à se sentir rassurés au sujet du vaccin ROR.

Est-ce que le CDC a commis une fraude ?

Un petit groupe de militants affirme que le CDC a commis une fraude en dissimulant intentionnellement des données. Ce groupe, qui accuse les vaccins d’un large éventail de problèmes, ne fournit aucune preuve à l’appui de cette allégation. Le mieux qu’ils aient pu faire est mettre en avant une déclaration publiée par un chercheur du CDC, William W. Thompson, dans laquelle il mentionne un désaccord scientifique sur les données à publier dans un article de 2004 dont il était coauteur (« Age at first measles-mumps-rubella vaccination in children with autism and school-matched control subjects: a population-based study in metropolitan Atlanta« ). L’étude a examiné l’âge de la première vaccination ROR et l’autisme, mais n’a pas trouvé d’association. Bien que l’on pourrait lire dans la déclaration de Thompson une implication d’actes répréhensibles, il n’allègue aucune fraude de sa part ni de la part du reste de l’équipe associée au document de 2004. Même si sa déclaration ne fait aucune mention de fraude, quelques personnes voudraient effrayer les gens au sujet des vaccins et jeter un doute sur le CDC en affirmant que cette déclaration serait la preuve qu’il y a eu fraude.

Est-ce que le CDC a caché des données au public ?

Non. Les données utilisées par le CDC dans le document de 2004 ont toujours été accessibles aux chercheurs qualifiés. Des instructions sur la façon d’accéder à ces données sont disponibles sur le site Web du CDC.

Est-ce que le CDC a caché la conclusion selon laquelle le vaccin ROR est lié à l’autisme ?

D’après les faits connus à ce jour, le CDC ne semble pas avoir dissimulé quoi que ce soit. En 2004, le CDC a mené une étude portant sur des enfants atteints d’autisme (cas) et sans autisme (témoins), puis se sont penchés sur l’âge de la vaccination ROR pour voir si les cas étaient plus susceptibles d’avoir été vaccinés à un certain âge que les témoins. Bien qu’aucune association claire n’ait été découverte, ils ont remarqué le fait étrange qu’il y avait plus de cas que de témoins qui avaient été vaccinés après 24 mois mais avant 36 mois. Pour voir si cette association apparente était réelle, ils ont recueilli plus d’informations provenant des certificats de naissance pour tous les sujets d’étude qui avaient un certificat en Géorgie. Cette information supplémentaire leur a permis de savoir s’il n’y avait pas un autre facteur (par exemple, le poids à la naissance, l’âge des parents, le niveau d’éducation de la mère, etc.) qui aurait pu être responsable de cette étrange résultat. Une fois que les chercheurs ont contrôlé ces facteurs supplémentaires, l’anomalie a disparu, ce qui signifie qu’il n’y avait aucun lien entre la vaccination ROR et l’autisme. L’étude publiée comprenait les résultats de l’analyse des certificats de naissance selon l’origine ethnique ainsi que l’âge au premier vaccin ROR, mais ne faisait pas de comparaison entre l’origine ethnique et l’âge à la première vaccination pour la totalité du groupe, car l’information ethnique n’était pas disponible pour tous les sujets et parce que cet étrange résultat sur la totalité du groupe n’était pas fiable. De plus, comme l’analyse du sous-groupe l’a montré, cette conclusion initiale était erronée. En réponse à tout le bruit généré par le mouvement anti-vaccination, le CDC a publié une déclaration en soutien à leur étude originale.

Est-ce que le CDC a menti en disant avoir obtenu des informations supplémentaires avec les certificats de naissance ?

Non. De nombreux militants anti-vaccins, dont Brian Hooker, ont déclaré que les certificats de naissance ne contiennent pas les informations que les chercheurs du CDC ont indiqué avoir obtenu (poids à la naissance, éducation de la mère, etc.). Alors que les certificats de naissance que les parents reçoivent ont des informations limitées, un document plus complet (PDF) est complété par le personnel de l’hôpital et conservé au dossier par l’état. Les renseignements sur la fiche de naissance de l’état de Géorgie sont semblables à l’U.S. Standard Certificate of Live Birth (PDF). Ces enregistrements complets de naissance ont des informations sur le poids à la naissance, que la naissance soit prématurée ou à terme, si le bébé était jumeau / triplet etc, le niveau d’éducation de la mère, et ainsi de suite. [Ajout (16/09/2014): L’éducation des parents, par exemple, figure sur le certificat de naissance standard depuis 1969 et figure toujours sur celui de la version révisée de 1989.] Les chercheurs du CDC ont utilisé ces certificats de naissance complets dans leur étude de 2004. Vous trouverez plus d’information sur le document standard à la naissance, y compris les révisions, sur le site web National Vital Statistics System du CDC.

Est-ce que le CDC a exigé un certificat de naissance pour exclure les Afro-Américains de l’étude ?

Non. Une des premières accusations des activistes anti-vaccination était que les chercheurs de CDC avait exigé des certificats de naissance uniquement pour les enfants afro-américains dans leur étude afin de pouvoir les exclure de l’analyse de sous-groupe. Il fallait, selon ces allégations, dissimuler une association entre le vaccin ROR et l’autisme parmi les garçons afro-américains. Mais les chercheurs ont utilisé des certificats de naissance pour tous les enfants dans leur étude. Ceci est illustré dans le tableau 2 de l’étude de 2004 (reproduit ici pour illustration):

destefano2b20042bage2bof2bmmr2bstudy2b-2btable2b2Source: DeStefano, et al. (2004).
« Age at First Measles-Mumps-Rubella Vaccination in Children With Autism and School-Matched Control Subjects: A Population-Based Study in Metropolitan Atlanta »

L’exigence d’un certificat de naissance n’a pas été utilisée pour supprimer les données sur les Afro-Américains. Cette accusation anti-vaccinale semble avoir été faite spécifiquement pour exploiter les tensions ethniques et susciter la peur et la colère dans la population afro-américaine.

Est-ce que la décision d’utiliser les actes de naissance était arbitraire et non pertinente ?

Non. Comme l’ont souligné les auteurs de l’étude de 2004 (pas d’italique dans l’original):

Parmi les cas et les témoins chez les enfants dont nous avons pu enregistrer les dossiers de naissance, nous avons effectué une sous-analyse pour évaluer les facteurs de confusion possibles en fonction des caractéristiques de naissance et de la mère.

Les données sur la population complète de l’étude ont montré une association possible entre l’âge du premier ROR et l’autisme, mais les données ne contiennent pas d’information qui pourrait avoir mis en évidence d’autres causes de cette association. Les certificats de naissance ont cette information, et ont permis aux chercheurs de découvrir que le ROR n’était pas associé à l’autisme.

[Ajout (27/07/2015): Matt Carey de Left Brain Right Brain au sujet du plan d’analyse de l’étude. Le sous-groupe des certificats de naissance faisait parti du plan approuvé pour l’étude. Il fournit également un plan d’analyse (PDF) pour l’étude, dans lequel on constate que les données censément supprimées intentionnellement (c’est-à-dire l’analyse par groupe ethnique pour la population de l’étude) n’ont jamais fait partie du plan d’étude. ]

[Ajout (24/01/2016): Selon les documents que le Dr William Thompson a transmis au sénateur Bill Posey, l’analyse du certificat de naissance faisait partie du protocole prévu dès le début, bien avant toute analyse des données. ]

Est-ce que les employés du CDC ont détruit des données?

[Ajouté le 11/6/15]

Douteux. [Voir ci-dessous pour une mise à jour.] Cette accusation provient d’une citation prétendument de Thompson et mentionnée par le député Bill Posey au cours d’une conférence qu’il a prononcée lors de la House’s Morning Hour du sénat:

Au bas du tableau 7, on voit également que pour l’échantillon sans certificat de naissance, l’ajustement par origine ethnique était statistiquement très significatif. Tous les auteurs et moi-même nous sommes rencontrés et avons décidé quelque-part entre août et septembre 2002 de ne signaler aucun effet dû à l’ethnie dans l’étude. Peu de temps après la réunion, nous avons décidé d’exclure les rapports sur les effets dûs à l’ethnie, les coauteurs ont programmé une réunion pour détruire les documents liés à l’étude. Les quatre coauteurs restant se sont retrouvés et ont apporté une grande poubelle dans la salle de réunion et ont passé en revue et examiné tous les documents papier que nous pensions devoir jeter et nous les avons mis dans une poubelle énorme. Cependant, parce que je présumais que c’était illégal et violerait les demandes du FOIA et du DOJ, j’ai gardé des copies papier de tous les documents dans mon bureau et j’ai conservé tous les fichiers informatiques associés. Je crois que nous avons volontairement retenu les conclusions controversées de la version finale de l’étude pédiatrique.

La première chose à noter est que Thompson n’indique pas que les auteurs ont détruit des données. Ils se sont réunis pour passer en revue les documents imprimés afin de déterminer ce qui devait être retenu et ce qui pouvait être détruit en toute sécurité. En tant que biologiste et parent d’un enfant autiste, Emily Willingham remarque que ce n’est pas une preuve. Dans la recherche au sens large, au cours de l’étude, il peut y avoir des copies en double qui sont créées, parfois au format papier, parfois en numérique. Il n’est pas nécessaire, ni même faisable, de conserver tous les documents ainsi créés. Les préconisations du Département de la santé et des services sociaux des États-Unis pour la gestion responsable des données dans la recherche scientifique sont qu’il n’est pas utile de conserver toutes les données brutes tant qu’il reste suffisamment de matériel pour que les résultats de l’étude soient reconstruits. La destruction de documents non cryptés peut également être nécessaire pour protéger la vie privée de sujets de l’étude.

L’autre chose à noter au sujet de l’affirmation que le CDC aurait détruit des données est que cela ne tient pas la route. S’ils avaient détruit des données, comment Brian S. Hooker a-t-il procédé à sa réanalyse?

[Ajout (24/01/2016): Avec la publication des documents que le Dr Thompson a transmis au sénateur Posey, nous savons maintenant que les données n’ont pas été détruites, comme le prétendent les activistes anti-vaccins. Nous savons aussi que le sénateur Posey (ou un employé qui a rédigé la déclaration qu’il a lue) a supprimé de nombreux détails de la citation. Nous savons également que Thompson était présent à la réunion au cours de laquelle l’équipe a examiné des copies papier et a discuté des éléments qui devraient être conservés et qui devraient ou pourraient être détruits en toute sécurité. Les documents que Thompson a conservés sont largement redondants et offrent peu d’informations supplémentaires. Les documents de Thompson ne contiennent aucunes données qui ne seraient pas disponibles dans le format électronique que l’équipe a conservées sur les serveurs de l’Immunization Safety Office depuis l’époque de l’étude jusqu’à aujourd’hui.]

Est-ce que William Thompson a remis 100 000 documents au sénateur Bill Posey?

[Ajouté le 24/01/2016]

Non. Certains activistes anti-vaccination affirment que le Dr Thompson a donné 100 000 documents (ou alternativement 100 000 pages de documents) au sénateur Bill Posey. L’affirmation provient de Ben Swann, un journaliste télé pour CBS46 (WGCL-TV) à Atlanta, et auteur du site web Truth in Media. Le 30 novembre 2015, Ben Swann annonce dans une interview sur Age of Autism qu’il a obtenu des copies des documents du bureau du sénateur Posey. Toutefois, il ne divulgue aucun document à ce moment là, mais déclare qu’il les étudie et que « très bientôt … vous aurez accès à ces documents vous-mêmes »

Puisque les documents ont été remis à une personnalité publique, et étaient donc accessibles au grand public, en décembre 2015 Matt Carey de Left Brain Right Brain et le professeur de droit Dorit Reiss ont à leur tour demandé et reçu les documents. Carey a mis les documents à la disposition de quiconque voulait les voir. C’est quelque chose que personne n’avait encore fait du côté des anti-vaccins. Si Brian Hooker et Andrew Wakefield avaient ces documents, ils ne les ont jamais rendus publics. Thompson ne les a pas rendus publics. Swann ne les a pas rendus publics mais, comme il dit,  il va «faire un documentaire qui détaille un complot du CDC et la suppression des résultats médicaux. En outre, Swann publiera les documents de Thompson sur TruthinMedia.com à n’importe qui souhaitant en savoir plus sur leur contenu» le 26 Janvier 2016.

En fin de compte, alors qu’il y a beaucoup de pages redondantes, certainement des centaines ou peut-être des milliers, il n’y a pas, de quelque manière que ce soit, 100.000 documents, et encore moins 100.000 pages.

Est-ce que les documents du lanceur d’alerte sont accessibles au public ?

[Ajouté le 24/01/2016]

Oui. Quiconque souhaite voir les documents du lanceur d’alerte qui ont été remis au sénateur Bill Posey peut y accéder via une l’archive créée par Matt Carey de Left Brain Right Brain.

Est-ce qu’une étude plus récente a révélé qu’il y a un risque accru d’autisme chez les garçons afro-américains ?

Une étude (« Measles-mumps-rubella vaccination timing and autism among young african american boys: a reanalysis of CDC data« ) publiée par Brian S. Hooker en août 2014 dans la revue Translational Neurodegeneration a bien conclu que le risque d’autisme était plus élevé chez les garçons afro-américains qui ont reçu leur premier vaccin ROR entre 24 et 31 mois (Hooker coupé à 31 mois, plutôt que 36 mois comme dans l’étude CDC, parce que, après l’exclusion des nourrissons de faible poids à la naissance, il y avait « trop peu de cas » à 36 mois; le sous-groupe qu’il a analysé est différent de celui de l’étude du CDC). Son étude a également constaté qu’il n’y avait pas d’association entre le ROR et l’autisme à d’autres âges, ni aucune association pour les filles afro-américaines ni pour les enfants de toute autre groupe ethnique. Cependant, ses résultats concernant les garçons afro-américains sont presque certainement faux.

L’étude de 2004 menée par le CDC était ce qu’on appelle une étude cas-témoins. (Une étude cas-témoin fait appel à deux groupes, l’un avec une condition et l’autre sans, et cherche à déterminer la probabilité ou la fréquence d’exposition à un facteur de risque potentiel. Elle peut suggérer des corrélations, mais généralement ne prouve pas une causalité). Les données de cette étude ont été recueillies en prévision d’un modèle cas-témoin. L’étude de Hooker semble être une étude de cohorte, qui est un tout autre type de conception d’étude, mais il a utilisé le même ensemble de données CDC qui a été conçu pour une étude cas-témoin. (Une étude de cohorte commence avec des personnes qui n’ont pas la maladie en question, puis les suit pour voir si les différents niveaux d’exposition à un facteur de risque soupçonné augmente le risque de la maladie ou l’état de la maladie.) Utiliser des données conçues pour un type d’étude avec une étude de conception complètement différente peut introduire des erreurs dans l’analyse. Hooker a ensuite utilisé une analyse statistique inappropriée (soit le Pearson’s chi-squarred test mentionné dans le texte, soit le Fisher’s exact test mentionné dans les tableaux) pour analyser les données. Ce type de test ignore les variables qui peuvent fausser les résultats, ainsi que le fait qu’un petit signal peut sembler très grand. Hooker a admis lors d’une conférence anti-vaccination (vers la 17e minute) le 29 août 2014 qu’il utilisait une technique très simple, « l’élégance de la simplicité », et qu’il préfèrait faire des choses simples plutôt que des choses intellectuellement exigeantes. Cependant, élégant ne signifie pas correct; Son analyse «simple» ignorait les variables de confusion. Une autre lacune de l’étude est que Hooker ne rapporte pas le nombre d’individus inclus dans ses analyses de sous-groupe. La taille des groupes est importante. Plus le groupe est petit, plus il est probable qu’une découverte sera due au hasard. Depuis la publication, la revue a retiré l’étude de Hooker en raison des inquiétudes concernant la validité de ses conclusions ainsi que des conflits d’intérêts possibles qui n’ont pas été révélés par Hooker ou par les pairs examinateurs qui ont examiné l’étude. [MISE À JOUR (10/04/2014): Le journal a complètement rétracté l’étude de Brian Hooker en raison de conflits d’intérêts non déclarés et de statistiques et de méthodes invalides. Voir ci-dessous pour plus de détails.]

Qui est Brian Hooker?

Brian S. Hooker est le père d’un enfant autiste. Il est titulaire d’un diplôme en biochimie, mais n’a pas de formation officielle en statistique ou en épidémiologie. Il n’est également formé dans aucun domaine pertinent pour l’étude des vaccins ou de l’autisme (immunologie, vaccinologie, développement de l’enfant, psychologie du développement, etc.). Hooker a une procédure d’indemnisation de dommages liés aux vaccins en cours pour son fils devant la Vaccine Court. [MISE À JOUR (28/06/2016): Les allégations de Brian Hooker auprès de la NVICP selon laquelle les vaccins ont causé ou aggravé l’autisme de son fils ont été rejetées le 19 mai 2016. Une analyse de la décision peut être trouvée ici. La décision complète de 58 pages peut être lue ici.] Il est également membre du conseil d’administration d’une organisation anti-vaccin appelée Focus Autism. Focus Autism est l’organisation qui a financé l’étude de Hooker. Hooker est également idéologiquement opposé aux vaccins et au CDC, comme en témoigne un courriel envoyé à l’ancienne directrice du CDC, Julie Gerberding, dans lequel il a écrit: « Je vous enjoins personnellement à revoir l’évangile selon Matthieu 18:6 et à considérer votre propre responsabilité envers tous les enfants des États-Unis, y compris mon propre fils. » Le passage de la Bible référencé indique (Version King James):

Mais quiconque offensera un de ces petits qui croient en moi, il vaut mieux pour lui qu’une meule ait été pendue au cou, et qu’il soit noyé au fond de la mer.

Qu’entendez-vous par «conflits d’intérêts» non divulgués?

Les auteurs d’articles scientifiques sont censés fournir une déclaration claire de tout conflit d’intérêts susceptible de nuire à leurs résultats. Le but est de sensibiliser le lecteur à ce qui pourrait influencer les conclusions de l’auteur concernant les données et les constatations qu’elles rapportent. Dans son étude, Brian Hooker a seulement révélé qu’il « a été impliqué dans un litige vaccinal/biologique ». La déclaration implique qu’il n’est pas actuellement impliqué dans des litiges liés à des vaccins. En réalité, Hooker a une affaire en cours devant le Vaccine Court dans lequel il poursuit le gouvernement pour ce qu’il prétend être l’autisme vaccinal de son fils. Il peut bénéficier personnellement des études qui trouvent un lien entre les vaccins et l’autisme. Il n’a pas non plus révélé qu’il était membre du conseil d’administration de l’organisation anti-vaccin Focus Autism, qui a financé l’étude.

Le journal dans lequel Hooker a publié son étude, Translational Neurodegeneration, permet aux auteurs de soumettre des suggestions pour les éventuels examinateurs. Ces examinateurs sont censés être des experts dans des domaines pertinents et ne devraient pas avoir de solides liens personnels ou commerciaux avec les auteurs de l’étude. La revue peut choisir d’utiliser les réviseurs suggérés par les auteurs, ou peut choisir des chercheurs qui ont publié auparavant des articles dans le même journal sur le même sujet ou un sujet apparenté. Nous ne savons pas qui ont été les examinateurs, mais il y a des candidats probables, dont aucun n’est qualifié pour agir comme évaluateurs et ont de nombreux conflits d’intérêts, y compris des relations de travail avec Hooker.

Est-ce que l’étude de Hooker prouve qu’Andrew Wakefield avait raison ?

Non, pas du tout. Andrew Wakefield a longtemps propagé la croyance que le vaccin ROR provoque l’autisme. Si nous ignorons tous les défauts dans l’étude de 2014 de Hooker et supposons que ses résultats sont exacts, l’étude de Hooker montre que le ROR n’est pas associé à l’autisme. En d’autres termes, l’étude de Hooker, si elle est exacte, prouve qu’Andrew Wakefield (et une grande partie du mouvement anti-vaccination) a tort. Le seul groupe dans lequel Hooker a trouvé une association (et même cette association n’est pas une preuve de causalité) a été parmi les garçons afro-américains qui ont obtenu le vaccin ROR tardivement(entre 24 et 31 mois). Mais, comme noté ci-dessus, l’étude de Hooker était assez imparfaite et donc ses conclusions sont très probablement incorrectes.

Est-ce que l’étude de Hooker a été rétractée ?

Oui. Le 3 octobre 2014, la revue Translational Neurodegenerationfully a rétracté l’étude de Brian Hooker, en publiant cette déclaration d’accompagnement:

Le rédacteur et l’éditeur ont le reget de rétracter l’article [1] car il y avait des intérêts contradictoires non déclarés de la part de l’auteur qui ont compromis le processus d’examen par les pairs. De plus, l’examen par les pairs après la publication a soulevé des inquiétudes quant à la validité des méthodes et de l’analyse statistique, de sorte que les rédacteurs n’ont plus confiance dans la solidité des résultats. Nous nous excusons auprès de toutes les parties concernées pour les inconvénients causés.

PubMed a également mis à jour ses indexes, en mettant de grands avertissements en rouge disant que l’étude a été rétractée, ainsi que le mot « RETRACTÉ » en majuscules en travers du texte de l’étude:

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Est-ce que Brian Hooker a obtenu ses données de William Thompson ou du CDC ?

[Ajouté le 11/06/2015]

Selon l’étude rétractée de Brian Hooker, il a obtenu ses données directement du CDC, pas du Dr Thompson:

Les données de cohortes ont été obtenues directement à partir d’un «ensemble de données d’accès restreint» provenant des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) par le biais d’un accord sur l’utilisation des données.

En outre, le nombre de sujets dans l’étude de Hooker correspondent aux chiffres rapportés dans l’étude DeStefano d’origine. Ceux qui prétendent que le CDC aurait détruit des données montrant que les garçons afro-américains étaient plus susceptibles de souffrir d’autisme après avoir reçu le vaccin ROR semblent ne pas avoir lu la propre étude de Hooker. Donc, soit ils ont tort, soit Hooker a menti sur la façon dont il a obtenu les données et le nombre de sujets qu’il a analysé.

Pourquoi est-ce important ?

[Ajouté 11/12/15]

Malgré le manque de substance derrière les revendications anti-vaccinales sur le vaccin ROR, elles évoquent la peur. Une fois que la peur prend place, elle peut être très difficile à surmonter, même lorsqu’on y oppose des faits. Cette peur conduit au refus de vacciner et à la méfiance envers les personnes qui essaient de prévenir la propagation de la maladie. Cela peut avoir des répercussions négatives importantes sur les communautés, en particulier parmi celles qui ne sont pas encore desservies ou mal desservies en raison de la pauvreté ou d’autres facteurs sociaux ou économiques. L’épisode du «lanceur d’alerte du CDC» cible la communauté noire. Mais ce n’est pas la première fois que le mouvement anti-vaccins fait cela.

L’auteur David Kirby avait commencé à semer les graines de la peur parmi la communauté somalienne à Minneapolis vers 2005 pendant la tournée de son livre Evidence of Harm. Au cours des années suivantes, d’autres activistes anti-vaccins ont ciblé les Somaliens du Minnesota, tels que J.B. Handley, qui leur conseillait d’obtenir des exemptions de vaccins et de ne pas faire confiance aux responsables de la santé publique. La peur semée par Kirby, Handley et d’autres a conduit à une forte baisse de l’utilisation ROR. Puis, en 2011, il y a eu une flambée de rougeole, infectant 21 personnes (4 adultes, 17 enfants). Les deux tiers des personnes infectées ont été hospitalisées.

L’épidémie de rougeole au Minnesota est une bonne illustration de ce qui se passe lorsque les activistes anti-vaccins sèment la peur des vaccins dans une communauté. Tout comme ils l’ont fait alors, ils essaient de semer la peur des vaccins parmi les communautés noires maintenant, mais à beaucoup plus grande échelle, à l’échelle nationale. En 2014, les États-Unis ont connu le plus grand nombre de cas de rougeole depuis plus de 20 ans. Nous avons également observé la plus importante épidémie de rougeole de l’histoire récente. Alors que la peur anti-vaccinale se répand parmi la communauté noire, créant des poches d’une faible prise de vaccins, nous verrons des centaines de cas de rougeole, dont beaucoup seront hospitalisés et peut-être certains seront mortels. Mais cette souffrance peut facilement être évitée grâce à la vaccination.

En résumé

En dépit de tout le bruit fait par la petite, mais incroyablement bruyante, communauté anti-vaccin, il n’y a aucune preuve de fraude de la part du CDC, et il n’y a pas la moindre preuve convaincante d’une quelconque dissimulation. L’étude de Brian S. Hooker contient un certain nombre de failles menant à une conclusion fausse et biologiquement invraisemblable. En fait, la qualité de l’étude est telle que la revue qui l’a publié l’a retirée en attendant une enquête plus approfondie, faisant état de sérieuses inquiétudes concernant la validité et les conflits d’intérêts potentiels. Cette histoire, c’est en réalité, beaucoup de bruit pour rien. Ce n’est qu’un nouvel exemple d’activistes anti-vaccins faisant de la mauvaise science pour soumettre vos enfants à un plus grand risque encore, parce qu’ils sont incapables accepter leurs propres enfants comme ils sont.

[NdT: Cette traduction date du 27 janvier 2017. Si vous constatez que l’article original a été mis à jour pour prendre en compte de nouvelles informations, merci de nous en informer. La suite de l’article est une liste d’articles de référence et est reproduit tel quel]

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