[Intox] l’enquête d’une maman biologiste [Nexus sept./oct. 2016]

Malgré un titre prometteur, on constate que le statut de biologiste mis en avant a peu joué dans l’élaboration des arguments qui ne sont pas plus rationnels que si l’article avait été écrit par l’OIC. Nombre de raisonnements sont biaisés, et plusieurs affirmations sont des mensonges flagrants.

L’Organisation Initiative Citoyenne nous révèle l’enquête d’une maman biologiste.

La revue Nexus existe dans plusieurs langues et mélange ésotérisme, pseudo-sciences et théories du complot. En France, elle a perdu son agrément paritaire de la presse depuis plusieurs années. Certains passages ont été entourés en rouge, détaillons ce qu’on pouvait lire dans le numéro de septembre-octobre 2016.

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Nous avons de bonnes raisons de faire confiance à la parole d’un individu après qu’il a fait la preuve de sa compétence dans un domaine. Mais cette compétence ne le qualifie jamais pour faire autorité dans un autre domaine. On ne se réfère pas à l’avis de Stephen Hawking sur l’importance et l’efficacité des vaccins ni à celui d’un neurobiologiste sur la datation au carbone 14 de tel ou tel artefact ni à un cosmologiste pour juger le meilleur ouvrier charpentier de France. À chacun son domaine.

Anne Gourvès a un doctorat en génotoxicologie. Mettre en avant ce diplôme est tout à fait pertinent lorsqu’il s’agit par exemple de donner un avis autorisé sur la réparation de l’ADN chez Escherichia coli en détaillant le rôle essentiel de la protéine recA dans la recombinaison homologue. C’est un diplôme qui ne couvre ni le droit, ni la vaccinologie, ni l’épidémiologie.

Les réseaux sociaux étant ce qu’ils sont, il est assez simple de se rendre compte que « l’industrie pharmaceutique » mentionné dans l’article est connue pour être le numéro deux mondial de l’homéopathie et que l’auteure y travaille depuis près de quinze ans, au sein du pôle dermato-cosmétique.

Pour être tout à fait clair, dire que le domaine réel d’activité de l’auteure se rapporte aux soins du visage, ou qu’elle travaille pour Big Placebo n’est en aucun cas une raison suffisante pour rejeter ses arguments sans les lire. Néanmoins le fait qu’elle se présente comme « maman biologiste » n’est pas non plus une raison suffisante pour accepter ses affirmations a priori.

Notons que la question des conflits d’intérêt est évoquée dans ce texte et que le fait d’être consultant pour un laboratoire est une raison suffisante pour décrédibiliser un individu aux yeux de l’auteure, ce qui est manifestement un double standard de sa part compte tenu de son activité.

J’ajoute que les conflits d’intérêt n’entrent pas en ligne de compte quand il s’agit d’évaluer la rationalité des arguments débattus. Une démonstration est et reste rationnelle que la personne qui l’énonce soit payée pour le faire ou pas.

Il convient de juger sur pièces, c’est ce que nous faisons ici.

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D’un point de vue légal, il n’est pas besoin de prouver une causalité au sens scientifique pour bénéficier d’une indemnisation. Il n’existe pas de jurisprudence sur ce point précis, donc les affirmations de l’auteure sont infondées, mais comme on peut le voir page 25, le doute profite à la victime. Il est donc plus rationnel de considérer la proposition inverse: Un vaccin multivalent dont l’une des valences au moins est obligatoire sera indemnisable en cas d’effet secondaire même s’il est impossible de déterminer quelle valence est en cause.

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1.

La déclaration de l’ANSM est pourtant suffisamment claire pour dissiper cette surprise feinte: Le phénoxyéthanol est métabolisé par le foie et éliminé par les urines. Aucune toxicité n’a été relevée chez l’homme (Aucune publication d’effets systémiques attribuables au phénoxyéthanol, suite à l’utilisation de produits cosmétiques, n’a été rapportée chez l’homme), mais comme un effet d’accumulation est possible suite à une utilisation régulière, une dose limite est recommandée.

En pointant une situation complètement différente ou l’interdiction n’est pas transposable à la situation actuelle, l’auteure fait une comparaison abusive. Avec le même raisonnement, on pourrait poursuivre:

Comment ? Vous respirez de l’air ? Pourtant la présence de certains ingrédients est assez surprenante étant donné la position des instances de santé sur ces même ingrédients dans d’autres domaines. Ainsi, l’ANSM interdit l’utilisation de l’azote, utilisé comme gaz de laboratoire, mais autorise les enfants à le respirer tous les jours.

L’utilisation de cet argument éculé est la preuve, s’il en fallait, que cet article n’est qu’un objet de propagande.

2.

Avec le même niveau de classification, nous trouvons:

  • Le tabac
  • L’alcool
  • Certaines viandes
  • La pollution de l’air
  • Des dizaines de virus pour lesquels il existe un vaccin
  • Le soleil

Oui, le soleil est lui aussi cancérogène niveau 1. Si l’on en croit cet article, c’est une raison suffisante pour empêcher tout rayonnement solaire, quelque soit la quantité, d’atteindre un enfant.

Pour être tout à fait clair: Utiliser cet argument pour dire que tout formaldéhyde, quelle que soit la quantité, doit être retiré de tout vaccin pédiatrique, c’est également militer pour enfermer tous les enfants toute leur vie dans le noir complet (cave, placard, chacun choisira selon ses goûts).

Pourtant, cette classification ne veut dire qu’une chose: On est sûr qu’il y a une causalité entre la substance et le cancer. C’est la certitude qui vaut à cette substance d’être classée niveau 1. Mais parce que la dose fait le poison, il est tout à fait possible de bénéficier des services rendus par la substance malgré l’augmentation du risque relatif. Par exemple, en restant sous une limite raisonnable l’exposition au soleil est possible, ce qui est une bonne chose étant donné qu’elle est indispensable à la vie humaine.

Notons également le double standard qui consisterait à critiquer l’utilisation d’un  ingrédient cancérigène niveau 1 dans un vaccin qui préviendrait la prolifération d’une maladie est elle même cancérigène niveau 1. Se vacciner comporte des dangers, ne pas se vacciner en comporte d’autres. Comparer les risques relatifs est le seul moyen de décider si le remède est pire que le mal, c’est ce qu’on appelle la balance bénéfice risque.

3.

Ici encore, on peut admirer la comparaison abusive entre une dose unique a visée médicale et une quantité présente dans l’air et respirée en permanence.

4.

Ne pas confondre environ 0.1mg et moins de 0.1mg.

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1.

Cette affirmation est fausse. La MFM n’est pas une maladie. Ce sont des lésions histologiques liées au dépôt dans le muscle de l’aluminium des vaccins. Ces lésions sont localisées et ne présentent pas de risque avéré pour la santé. Il est actuellement admis que cette lésion ne représente qu’un « tatouage vaccinal » lié à la persistance de l’aluminium dans le muscle où a été injecté le vaccin.

Indépendamment des MFM, il existe des symptômes distincts (fatigue chronique, douleurs articulaires, …) qui pourraient être associés aux MFM. Les données disponibles ne permettent pas de conclure à l’existence d’une association entre la lésion histologique et une pathologie spécifique.

Le fait même de présenter les MFM comme l’association des lésions localisées et de ces symptômes distincts est déjà une pétition de principe. Si nous acceptons a priori que les deux sont liés, alors nous serons convaincus que les deux sont liés. Il y a tentative d’entretenir la confusion.

2.

Cette affirmation est fausse. Le conseil d’état n’a reconnu aucun lien(N°345411) ce n’est pas son rôle.

Du consensus scientifique qui dit « rien ne prouve que c’est vrai« , le jugement avait extrapolé « c’est faux« . C’est une erreur. Parce que le jugement a été annulé par le conseil d’état, on nous dit ici « donc, c’est vrai« . C’est une erreur également.

Le consensus scientifique est qu’aucun lien n’a été démontré à l’heure actuelle. La justice peut décider qu’à moins de faire la preuve formelle de l’absence de lien, le doute profite à la victime et procéder tout de même à l’indemnisation. Ce n’est pas contradictoire.

3.

Cette citation explique qu’on a trouvé des lésions à l’endroit ou s’est effectuée la vaccination. C’est littéralement la définition de la MFM. Dire que cette citation a quoi que ce soit à voir avec les symptômes relevés est tout simplement faux. C’est une trahison des sources.

4.

On notera la manière tout à fait partiale dont la contradiction est présentée sous les traits d’un directeur de la faculté de pharmacie, rapidement associé aux laboratoires pharmaceutiques et donc absolument pas digne de confiance. Cependant, qu’il soit consultant pour un laboratoire ou pas importe peu dans ce cas, dans la mesure ou il ne disait rien d’autre que ce que conclue à la même époque le rapport du Haut Conseil de la Santé Publique intitulé Aluminium et vaccins.

Les conflits d’intérêt n’entrent pas en ligne de compte quand il s’agit d’évaluer la rationalité des arguments débattus. Une démonstration est et reste rationnelle que la personne qui l’énonce soit payée pour le faire ou pas. En revanche, lorsqu’on constate que l’argumentation ignore des informations essentielles à la compréhension, ou lorsqu’il s’agit simplement d’opinions, relever les possibles liens d’intérêt est une pratique saine qui peut permettre de comprendre les choix qui sont effectués.

Notons que l’auteure de cet article se dit cadre dans l’industrie pharmaceutique. Une recherche rapide sur internet montre que son employeur est connu pour être le numéro deux mondial de l’homéopathie. Le marché de l’irrationnel s’élève à des milliards et quand on sait que certains dealers de rêves ont tout à gagner à entretenir une confusion pseudo-rationnelle qui éloignera les gens des pratiques médicales éprouvées, on comprend la raison de cet article qui présente un tel condensé d’informations erronées.

Il est impossible de prouver une absence de collusion et toutes les accusations du précédent paragraphe sont par construction irréfutables. Elles sont donc irrationnelles et le raisonnement est invalide. Néanmoins, ce sont les mêmes arguments employés par l’auteure pour ne pas avoir à répondre à la contradiction.

Lien de causalité reconnu

Cette affirmation est fausse.

Du point de vue du droit, le conseil d’état n’établit aucun lien de causalité et considère que le doute profite à la victime.

Du point de vue scientifique, le rapport de 2013 du haut conseil de la santé publique fait le point sur le sujet: aucun lien de causalité n’a été mis en évidence.

Ce rapport est une analyse critique rationnelle de l’ensemble des études sur le sujet, dont celles qui sont évoquées dans cet article. Ignorer les conclusions de ce rapport n’est pas une alternative viable. Toute personne voulant affirmer de manière rationnelle qu’il y aurait un lien entre les MFM et d’autres symptômes doit :

  • Soit apporter des informations nouvelles que le rapport ne mentionne pas pour expliquer qu’elle arrive à une conclusion différente.
  • Soit montrer quelle partie de ce rapport est selon elle erronée pour expliquer qu’elle arrive à une conclusion différente.

Entre ne pas savoir que ce rapport existe et choisir délibérément de le passer sous silence, difficile de savoir quelle explication est la moins décrédibilisante pour l’auteure de cet article.

5.

Le Comité consultatif mondial de la Sécurité vaccinale (GACVS), détaille les nombreuses et graves failles de cette étude qui expliquent probablement pour quelle raison elle n’a pas été publiée dans un journal plus prestigieux.

Les publications Bentham Science, sont tristement célèbres pour publier n’importe quoi du moment que cela rapporte de l’argent. On peut signaler par exemple la publication d’un article n’ayant aucun sens et généré par ordinateur ou la publication d’un article sur le complot du 11 septembre dans un journal de physique.

Ce qu’on appelle les publication prédatrices représente un problème de taille dans la prolifération d’études qui ont été rejetées par les canaux de publication plus fiables. (La liste 2014 des publications prédatrices)

Notons enfin que cette étude est financée par plusieurs organisations ouvertement opposées aux vaccins. Pour une personne rationnelle, ce n’est pas un motif suffisant pour réfuter cette étude (Ce sont les failles relevées par le GACVS qui le sont), mais pour l’auteure qui considère qu’avoir des liens d’intérêt avec un laboratoire pharmaceutique, son cas personnel exclus, est un motif de perte de crédibilité, c’est très certainement un double standard.

6.

Cette limite de 5 mcg concerne concerne les enfants prématurés ou ayant des fonctions rénales déficientes.

limit for aluminum from parenteral sources for individuals with impaired kidney function and premature neonates

En clair: L’étude nous dit « Voici la limite pour un enfant prématuré« . L’auteure du présent article nous dit « Prenons cette limite adaptée aux prématurés et appliquons la à un bébé de deux mois. ».

Elle aurait pu pousser ce raisonnement irrationnel plus loin: Comparer la dose utilisée pour un adulte et constater qu’elle est supérieure à la dose maximum pour un enfant prématuré.

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1.

Cette affirmation est un mensonge flagrant.

Comment sait-on qu’un vaccin est efficace ? On observe un groupe de gens vaccinés et un groupe de gens non vaccinés et on constate que les gens vaccinés tombent beaucoup moins malades.

Ces études existent, elles montrent que sur des groupes similaires (même crèche, ou même quartier), les personnes vaccinées tombent moins malades et quand elles tombent malades les symptômes sont moins graves.

La présence d’anticorps est un moyen rapide de confirmer ce que l’on sait par ailleurs, et non pas un pari hasardeux comme l’auteure tente de nous le faire croire.

2.

Comment sait-on que la maladie est immunisante ? On compte les anticorps. Ces mêmes anticorps qui selon l’article ne permettent pas de dire que le vaccin immunise correctement prédiraient donc avec exactitude que la maladie immunise correctement. C’est un double standard.

3.

Est-il vraiment si difficile de comprendre pourquoi la maladie n’est pas immunisante alors que le vaccin l’est ? La toxine tétanique produite par la bactérie est extrêmement toxique. La dose létale est estimée à 2.5 nanogrammes par kilo ce qui est en dessous de la dose minimum pour induire une réponse immunitaire.

The need for and use of tetanus vaccine will continue since immunity to tetanus is induced only by immunization because the pathogenic dose is lower than the immunogenic dose, and recovery from clinical tetanus does not result in protection against further episodes.

Il est donc possible de décéder du tétanos avant même que le corps ait été au courant de l’existence de la menace. La mortalité est donc très élevée (entre 20% et 30%), parce que « guérir » du tétanos, ça veut juste dire essayer de garder la patient en vie jusqu’à ce que la toxine soit évacuée par le corps. La production d’anticorps n’est jamais déclenchée, la maladie n’est pas immunisante.

En revanche, la vaccination provoque la réponse immunitaire par avance. C’est le principe de la vaccination.

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1.

C’est une trahison des sources. L’étude citée dit tout autre chose, puisqu’elle montre que les conditions de vaccination sont souvent inadéquates et doivent être améliorées.

Poverty, lack of maternal and paternal education, rural residence, young maternal age, and cultural restrictions on women’s access to health services are all associated with unhygienic practices, low antenatal care attendance, and inadequate vaccination with tetanus toxoid

Notons également ce magnifique double standard: Cette étude consacre plusieurs pages à récapituler et sourcer le fonctionnement de la vaccination contre le tétanos ainsi que son efficacité. Ces explications sont en contradiction frontale avec tout ce que dit l’auteure sur le sujet.

Subsequent observational and case-control studies assessing the effect of tetanus toxoid on neonatal tetanus frequency or mortality have consistently noted vaccine effectiveness to be 80% or better

L’efficacité du vaccin est de 80% ou plus.

The only reliable immunity against tetanus is that induced by vaccination with tetanus toxoid. Tetanus toxoid vaccine is one of the most effective, safe, stable, and inexpensive vaccines ever developed, and can be given safely during pregnancy and to immuno compromised individuals
Le vaccin est l’un des plus efficace, sûr, stable, et économique jamais développé.

2.

C’est une nouvelle trahison des sources. L’étude dit exactement l’inverse.
In the past decade, immunization services have been greatly improved in Kilifi District. […] Using a slightly more strict definition of adequate coverage, the present NNT survey found that 72% of newborns were delivered with protection against tetanus
En une décennie, le taux de vaccination a été grandement amélioré.
The majority of the children (72%) were adequately protected at birth against NNT; in those with documented protection NNT mortality was 0, in those with undocumented protection 1.2 and in other children 8.5 per 1000 livebirths.
Les cas ou la vaccination est documentée montre une mortalité de 0, contre une mortalité de 8.5 pour 1000 en absence de vaccination.
The NNT survey has identified several areas where improvement in services is especially needed. Missed opportunities for TT immunization must be reduced
S’il reste des progrès à faire c’est en développant des stratégies de vaccination plus efficaces.

3.

Il existe des dizaines d’études qui montrent que le vaccin est efficace. L’étude mentionnée plus haut en cite plusieurs, l’OMS en cite beaucoup.
The efficacy (as measured in randomized, controlled clinical trials), and effectiveness (as measured in observational studies under field conditions), of tetanus toxoid has been convincingly demonstrated in many field trials and in hospital-based studies. A double-blind, controlled field trial in a rural area of the Republic of Colombia conducted in the 1960s showed that adsorbed tetanus toxoid administered to women of childbearing age provided substantial immunity against neonatal tetanus. A control group had a neonatal tetanus mortality rate of 78 per 1000 live births, whereas no neonatal tetanus cases occurred in babies of mothers given two or three doses of tetanus toxoid (Newell et al. 1966, 1971). A reduction in neonatal tetanus mortality following the implementation of programmes to immunize women of childbearing age, and especially of pregnant women, has also been observed in multiple countries, and published for Bangladesh (Black et al. 1980; Rahman et al. 1982), the Republic of Haiti (Berggren et al. 1983), the Republic of Mozambique (Cliff 1985a & b), the Republic of Namibia (EPI, 2002), the Republic of South Africa (Vandelaer et al. 2003), the Democratic Socialist Republic of Sri Lanka (EPI, 1982) and the Republic of Zimbabwe (EPI, 2001). Surveys of neonatal tetanus mortality also provide data about mortality rates for children born to vaccinated and nonvaccinated mothers; these data are useful in assessing tetanus toxoid vaccine effectiveness. In most studies, tetanus toxoid vaccine efficacy ranged from 80% to 100% (Table 3).
Si une personne vous annonce: « vous vous trompez complètement, l’herbe n’est pas verte elle est rouge vif et je vais vous expliquer pourquoi ». Son explication doit nécéssairement expliquer pourquoi l’herbe est apparamment verte. Lorsqu’une hypothèse est en contradiction avec la réalité, ce n’est pas la réalité qui a tort.

De même, avant de crier au placebo il est important d’expliquer pour quelle raison de si nombreuses études indiquent un pourcentage d’efficacité aussi important. L’auteure ignore complètement ce fait et ce contente de dire en substance « c’est inefficace, point ». Elle nous dit donc: « L’herbe est rouge, mais ne baissez pas les yeux pour vérifier ».

4.

La totalité de la critique du vaccin contre le tétanos réside dans cet argument infondé. Pour être tout à fait clair, ce que l’auteure nous explique ici (La toxine n’entre jamais en contact avec le système immunitaire) est une affirmation qui ne repose sur aucune base scientifique solide. On peut se rendre compte qu’elle n’apporte aucune preuve de ce qu’elle avance si ce n’est en citant d’autres personnes qui eux même font des affirmations sans preuve.

On l’a vu dans les deux points précédents: La première étape, consistant à dénigrer l’état actuel des connaissances, est très insuffisante. Cependant la seconde étape, qui devrait être l’apport de preuves en faveur d’une hypothèse alternative, est quant à elle tout à fait inexistante. Aucune étude ne permet de soutenir cette affirmation et l’argumentation se contente de tourner autour du sophisme simpliste « s’ils ont tort, c’est que j’ai raison« .

L’étude citée plus haut décrit et source comment la toxine se propage. C’est complexe, toutes les réponses n’ont pas encore été trouvées, mais des hypothèses ont été émises, testées, publiées, évaluées.

Ici l’auteure, dans un cas typique d’équivoque, met sur le même plan une « théorie » au sens scientifique (Le résultat d’un travail normalisé, indexé et publié dans une revue à comité de lecture, après vérification par d’autres chercheurs qui sont spécialistes du domaine étudié) et une théorie au sens courant (Quelqu’un dit « et si… » et crée un site web pour en parler).

5.

Notez que l’auteure entend montrer que le consensus scientifique actuel soutient un mensonge qui va à l’encontre de toute une base de données scientifiques alors qu’elle s’est révélée incapable de soutenir ses propres affirmations par des données scientifiques. Ses propres données sont des allégations justement non soutenues par des données scientifiques. Elle dénonce la qualité des preuves actuelles du fonctionnement de la vaccination et elle y oppose des preuves d’une qualité très largement inférieure, c’est un double standard.

Le cas du tétanos

L’auteure commence par une remarque du style « Mais c’est pas logique ! » en prenant soin de ne pas mentionner l’information essentielle permettant d’expliquer cet apparent paradoxe.

Puis elle présente deux études pour nier l’efficacité du vaccin et affirmer que l’hygiène seule est responsable. Pourtant, aucune de ces études ne soutient ce qu’elle affirme. Au contraire, elle est est contredite sans ménagement quand ces études rappellent l’efficacité du vaccin, constatent que les problèmes sont dus à un défaut de vaccination et non pas à un échec du vaccin, et réaffirment le besoin d’étendre la vaccination. D’autre part, les dizaines d’autres études qui montrent l’efficacité du vaccin sont tout simplement ignorées.

Puis elle énonce une hypothèse sans la moindre preuve scientifique pour expliquer pourquoi le vaccin est inefficace, ce qu’elle a échoué à démontrer.

« Le cas du tétanos », est une nouvelle occasion de se demander s’il s’agit d’une simple incompétence de gros calibre, ou d’une véritable malhonnêteté.

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Cette citation est tirée du magnifique « La vie de Galilée » de Bertolt Brecht. Conjuguée avec le dernier paragraphe de cet article, tous deux illustrent parfaitement le besoin de victimisation des pseudo-sciences que l’on peut ramener au sophisme suivant:

  • Galilée avait raison
  • Galilée a été persécuté
  • Je suis persécuté
  • Donc j’ai raison

Lire à ce sujet: Le syndrome de Galilée, point Godwin de la science

Je suppose qu’à l’époque certains n’auraient pas renoncé à dénoncer le dogmatisme de Galilée qui s’entêtait dans ses expérimentations rigoureuses et qui refusait de voir la vérité que toute sa science obscurcissait.

La science avance, elle est en constante mutation. Les scientifiques ne sont pas pour ou contre les vaccins, les scientifiques sont pour la science qui à l’heure actuelle dit que les vaccins sont incomparablement plus sûr que l’absence de vaccins. Il faut noter que si Galilée a eu à faire face au tribunal de l’inquisition, ce n’est pas parce qu’il s’est opposé à l’église. Il n’était pas pour ou contre l’église, il s’est juste appliqué à suivre la méthode scientifique jusqu’au bout.

C’est une erreur d’imaginer que les scientifiques forment un bloc compacte qui se serre les coudes pour étouffer toute contradiction. Au contraire, les scientifiques se disputent tout le temps. Les hypothèses sont évaluées, critiquées, réfutées en permanence et rien n’assure plus la notoriété d’un chercheur que de découvrir un nouveau paradigme qui fera avancer la science.

Le dogme réside dans le refus des conclusions scientifiques.

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