La nature en a vraiment rien à foutre que vous soyez vivant ou mort

Une traduction de « Nature Doesn’t Give A Fuck If You Live Or Die », sur scibabe.com

Quand vous aviez un an, combien de fois la médecine moderne vous avait-elle déjà sauvé les fesses ?

Et à l’age de 20 ans ? Et maintenant ?

Combien de fois est-ce que la nature a déjà essayé de vous tuer ? Streptocoque, staphylocoque, le mauvais temps, les tsunamis, les maladies, les caries, les allergies qui vont de mortelles à « merde, c’est le printemps et les arbres niquent » et quelque soit la connerie que Gwyneth Paltrow cherche à guérir en se piquant aux abeilles.

Et cette putain de grippe.

Sans la médecine moderne, à quel point votre vie serait pire ?

Si vous en revenez à tout faire naturellement, une petite urgence en devient une grande. Une maladie chronique devient une sentence de mort immédiate.

Disons qu’il y a 1000 ans vous avez l’appendicite. Il y a de fortes chances pour que vous vous tordiez de douleur pendant un jour ou deux, votre appendice se serait ensuite rompu et votre docteur vous aurait donné toute une batterie d’herbes (et de l’opium, parce que bon quand même). Rien que des traitements naturels, à un problème naturel, qui vous aurait laissé pour mort. Naturellement.

Vani Hari est devenue Food Babe après un cas d’appendicite qu’elle a attribué à tort à son régime alimentaire. Elle prétends également qu’elle a soigné divers problèmes de santé en passant au « tout naturel », mais comment est-ce que ça aurait tourné s’agissant de l’appendicite elle même ? « Pourriez-vous fabriquer un scalpel en corne de licorne, ou peut-être arracher à la terre un morceau pointu de quartz, fabriqué par la lente compression d’une pierre contre une autre ? Ou mieux encore, un scalpel fabriqué sans intervention humaine, un rocher pointu provenant du mouvement des plaques tectoniques ? Et comme anesthésiant, est-ce que je peux juste mâchouiller une grande feuille de chou frisé ? La douleur n’est rien de plus que des toxines quittant le corps »

Ne nous leurrons pas, nous savons tous qu’elle n’utiliserait jamais une de ces pierres tectoniques. Tectonique ? C’est forcément une toxine.

La nature aurait laissé Vani (l’appendice, les toxines, les beaux cheveux et tout le reste) à l’arrière du troupeau, pour souffrir et périr.

Et ce n’est qu’un problème médical immédiat. Que se passe-t-il quand vous avez une maladie chronique (souvent diabolisée par les hordes naturalistes) ?

Si vous posez la question à un adepte du « naturel », les maladies chroniques sont la preuve que les compagnies pharmaceutiques essayent de nous soutirer de l’argent. Ils vous diront qu’on n’avait pas toutes ces maladies chroniques quand votre grand-mère était enfant et que ces maladies chroniques sont le signe que nous sommes plus malades que jamais.

J’ai une maladie chronique et, comme une infirmière me l’a dit pendant un bilan de santé récents alors que je lui énumérait la liste de mes symptômes et médicament, « Vous n’avez vraiment pas l’air d’être si malade ». C’est vrai, je n’en n’ai pas l’air. Quand vous entendez maladie chronique, quelle est votre réaction ? Le teint blafard, en surpoids, peut être même alité ?

Je fais des trucs dans le genre escalade, musculation, je cuisine la plupart de mes repas, je fais même du yoga. Namaste, enculés.

Donc si je fais tous ces truc, en quoi suis-je « malade » ?

J’ai un syndrome Ehlers-Danlos. Vous en avez peut être déjà entendu parler comme la maladie de l’hyper-élasticité. Mes articulations sont très flexibles, ce qui je l’avoue, peut être sympa dans certaines circonstances.

(De rien, ou Désolée)

La question suivante, forcément, est: En quoi est-ce une maladie si ça veut juste dire qu’on peut faire le grand écart ?

J’ai eu ma part de problèmes d’articulation (épaules, hanches, bas du dos, même mes côtes ont eu des problèmes de dislocation. Mais pour moi, le pire a été le mal de tête permanent du coté gauche du crane. Les huit premier mois ont été un enfer jusqu’à ce qu’on trouve un traitement approprié. Tout est sous contrôle maintenant.

La question se pose donc… Quelle vie j’aurais vécu si j’étais née il y a cinquante ans ? Cent ans ? Cinq cent ans ?

La nature n’avait aucune intention de me laisser vivre.

Les migraines que j’ai vécue sont similaires à la névralgie du trijumeau, plus connue sous le nom de la maladie du suicide. Avant que la médecine moderne ne s’en charge, les gens ne vivaient pas bien longtemps à cause de la douleur. Un seul jour de douleurs horribles est insoutenable. Contempler une vie de douleurs aussi graves vous fera vous demander si vous voulez vraiment continuer à respirer.

J’ai vraiment fait tous les traitements « naturels ». J’ai fait bio. J’ai fait végétarien. J’ai même, et c’est une période sombre de ma vie, essayé de faire paleo. À un moment, j’avais tellement peur d’être malade à cause des ingrédients « pas naturels » dans ma nourriture, que je regardais chaque étiquette. Si je voyais soja, canola, blé, n’importe quoi que j’imaginais avoir touché un OGM ou n’être pas bio ? Je ne l’achetais pas.

J’ai même voulu arrêter le Coca sans sucre. Une période sombre, les mecs.

Vous savez ce qui a stoppé mes migraines ? Les médicaments.

C’est pas que les médecins, il y a des centaines d’année n’avaient pas découvert l’antidouleur favori de Food Babe, le curcuma. C’est pas que j’ai été exposée à des toxines environnementales, ou que j’ai pris des suppléments à base de glucosamine (ce qui, je le certifie au lecteur bien intentionné qui pense m’écrire à ce sujet, ne m’aidera pas sur ce point). C’est juste qu’à l’époque ils n’avaient pas de médicament anti-épileptique qui rendait les syndrome migraineux réellement supportables. C’est juste qu’ils n’avaient pas l’équipement nécessaire pour comprendre clairement les problèmes d’articulations ou les PCR pour faire des tests génétiques. C’était la polio, la variole, les tremblements de terre, le contagion, la famine et ces putains de piqures d’abeilles qui nous tuaient.

C’était notre sérieux manque de possibilité de combattre la nature qui nous faisait mourir.

Vous voulez combattre le cancer avec la nature ? La plupart du temps, c’est la nature qui vous a refilé le cancer, soit par le soleil, la génétique, ou même parfois via un virus. La nature va probablement vous laisser mourir. Vous entendez parler d’un blogueur qui dit qu’ils ont vaincu le cancer sans chimiothérapie et qu’ils ont tout fait naturellement ? Ils ont probablement omis de dire qu’ils ont fait de la chirurgie. Oh, c’est juste la chimiothérapie qu’il pensent non naturelle ? Je vous promets, être mis KO, avoir votre respiration et votre rythme cardiaque sous le contrôle d’un anesthésiste, avoir une tumeur précisément retirée par un chirurgien, et être recousu de manière à ne pas faire d’infection n’est pas naturel. La chirurgie et la chimiothérapie est un pari plus sûr que le « naturel ».

Vous voulez combattre dépression et anxiété ? Il y aura des gens pour vous dire que des traitements naturels comme les huiles essentielles aident à dé-stresser. Bien sûr, je veux bien croire que les huiles essentielles marchent. C’est peut-être possible. Mais demandez-leur comment on fait pour presser dix kilos de romarin en deux grammes d’huile dans la nature. Demandez leur comment se passaient les traitements contre les maladies mentales avant toutes ces méchantes sociétés pharmaceutiques. Les solutions incluaient l’enfermement et la lobotomie. Les antidépresseurs et autres médicaments ne sont certainement pas parfaits, mais la « nature » n’est pas une meilleure option.

Vous voulez perdre du poids naturellement ? Les gens de ItWorks (ça marche) vous dirons qu’ils peuvent vous aider. Si, c’est vrai, un paquet d’extraits d’herbes quelconques dans un sac en plastique attaché à votre estomac est plus naturel que de manger plus de légumes et faire un jogging. Et interrogez également les bonnes gens de Plexus au sujet de leurs mélanges naturels de merde super chers.

(Ok, le naturel est peut être mieux dans ce cas)

Mais quand bien même, ça veut dire quoi « naturel » ? Est-ce que ça veut dire sortir et grapiller sa propre nourriture dans un champ, espérant qu’il n’y aura pas de pénurie de baies et de noix, ou est-ce que vous vous fiez à notre agriculture, bien plus fiable, quasiment à l’épreuve des pénuries grâce aux avancées technologiques ?

Cessez de pensez à la nature comme à une exceptionnelle source de tout ce dont vous avez besoin dans la vie. Les truc comme le régime paleo, la mouvance bio, et les anti-vaccinalistes m’énervent tous au plus haut point pour la même raison: Ils se posent en alternative saine et naturelle. Malheureusement, ils ignorent les réalités de la vie dans la nature. L’homme du paléolithique n’avait pas d’épicerie avec des produits réfrigérés, du lait de yak bio pasteurisé, des oeufs de poules élevées en plain air, et il mourrait de maladie que les vaccins peuvent maintenant éviter. L’homme du paléolithque, s’il survivait à l’enfance était probablement plus maigre que nous parce qu’il courrait littéralement toute la journée pour tenter de survivre dans la nature.

L’homme du paléolithique, s’il revenait parmi nous, pourrait vous buter pour vos céréales au chocolat. Il vous rirait au nez avec votre stupide chou frisé parce que ce qu’il veut, ce sont des calories, ce que n’a pas votre chou frisé, et il aura besoin de ces calories pour descendre un bison demain.

La femme du paleo pense que votre accouchement à domicile est idiot parce que, pendant que vous essayez tous ces trucs naturels, elle est juste en train de se dire « Il y a des moyens de survivre à ça, et ensuite les vaccins gardent le bébé en vie, et les gens le refusent ? »

Alors pensez au nombre de fois ou la science moderne vous a sauvé à l’age d’un an, ou jusqu’à aujourd’hui. Pensez à combien est différente votre vie grace aux trucs qui ne sont pas naturels. Les avancées dans la téléphonie, la médecine, le porno sur internet…

Pensez à ça quelques minutes. Et après bordel arrêtez de soutenir la nature. Parce que la nature ne vous soutient pas du tout.

-SciBabe

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